Livre. Matthieu Arnold annonce la couleur dès les premières lignes. « Vers la fin des années 1940, un Alsacien qui œuvrait dans un endroit reculé de l’Afrique-Equatoriale française accéda à une notoriété internationale : qualifié de “plus grand [au sens d’illustre] homme du monde” par le magazine Life en 1947, il obtint le prix Nobel de la paix six ans plus tard, désormais considéré comme un saint », écrit le professeur d’histoire du christianisme, dans la biographie qu’il lui consacre, Albert Schweitzer (Fayard, 512 pages, 25 euros).

Pasteur, médecin, organiste, musicologue, essayiste et titulaire de trois doctorats (théologie, philosophie et médecine), la vie d’Albert Schweitzer, né il y a cent cinquante ans à Kaysersberg (Haut-Rhin), ne se résume pas facilement. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment le but de cet ouvrage dense et complet. Matthieu Arnold livre ici le fruit d’une dizaine d’années de recherches, après une plongée inédite dans les documents disponibles sur sa vie, de ses autobiographies à ses correspondances, en passant par ses carnets de médecin ou ses prédications.

Réputé pour ses actions humanitaires – à commencer par la création, en 1913, de l’hôpital de Lambaréné, au Gabon – qui lui vaudront le prix Nobel de la paix en 1952, (il a reçu la distinction en 1953) mais aussi pour ses engagements pacifistes et sa condamnation de la course à l’armement nucléaire, Albert Schweitzer fut d’abord l’enfant d’une région, l’Alsace, et d’une « double culture ». « Né Allemand, il est devenu Français après la première guerre mondiale. Indépendamment des antagonismes, il a développé des relations dans les deux pays. Par ses livres et par ses concerts, il a même joué le rôle d’un passeur culturel entre les deux “ennemis héréditaires” », résume Matthieu Arnold.

Doutes et inquiétudes

Schweitzer fut dès sa jeunesse un théologien remarqué – et controversé. Son Histoire des recherches sur la vie de Jésus, parue en 1906, est considérée comme une étape-clé de la recherche historique sur le Christ. Partisan d’une lecture critique de la Bible, il s’interrogeait dès l’enfance sur certaines incohérences : « C’est ainsi qu’il s’étonnait de ce que les parents de Jésus fussent restés pauvres quoique comblés de riches présents par les Rois mages. » Sa foi n’en reste pas moins vivace, et nourrira son engagement. Dans ses sermons, il dénonce les méfaits de la colonisation et le racisme, et appelle à l’action en faveur des démunis.

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