- Un titre poétique et une mélodie joyeuse les placent au-delà de tout soupçon.
- Et pourtant, ces comptines se révèlent loin d’être anodines puisqu’elles font preuve d’une grivoiserie sans nom.
- En tendant l’oreille, il est possible de saisir le sens caché de ces chansonnettes finalement peu innocentes.
Torture, cannibalisme, coquinerie… autant de sujets soulevés par ces chansonnettes aux accents enfantins. Depuis plusieurs générations, « Une souris verte », « À la claire fontaine », « Au clair de la Lune » et tant d’autres se transmettent sans arrière-pensée. Mais grâce à une lecture attentive et quelques connaissances historiques, il est possible de percer leur secret. Métaphores et contrepèteries transforment ces chansons parfois très violentes en berceuses.
Comme l’explique Serge Hureau, auteur avec Olivier Hussenet du livre « Ce qu’on entend dans les chansons – Des berceuses aux grands succès du répertoire » (éditions Points), « ces chansons s’adressaient [au moment de leur création] autant aux parents qu’aux enfants. […] Elles se chantaient à la veillée quand toute la famille était réunie ».
Dans cette chansonnette, une souris verte finit ébouillantée… En réalité, ce n’est pas un animal qui fait les frais de la cruauté humaine mais un soldat vendéen. À l’époque de la Guerre de Vendée (1793-1795), les souris désignaient les soldats. Traqué puis torturé par les Républicains, le malheureux « escargot tout chaud » de la comptine a été plongé dans l’eau et l’huile bouillante.
« Il était un petit navire » et « Dansons la capucine », des histoires de famine
Sans nommer explicitement le cannibalisme, la chanson « Il était un petit navire » laisse peu planer le doute. À bord du bateau, la famine menace les marins qui décident de tirer à la courte paille pour savoir qui sera mangé.
Plus soft, la comptine « Dansons la Capucine » cache bien son jeu avec sa mélodie entraînante. En réalité, elle évoque de pauvres enfants qui meurent de faim et qui envient leur voisine, rassasiée.
« Au clair de la Lune », « Il court, il court, le furet »… : des comptines très coquines
Les lauriers sont coupés dans la comptine « Nous n’irons plus au bois ». Dans cette chansonnette du XVIIème siècle, il est question de maisons closes dont les façades sont ornées de lauriers. Face à la propagation de maladies chez les ouvriers qui travaillent dans le jardin de Versailles, Louis XIV décide de les fermer.
Dans la chanson traditionnelle du XVIIIème siècle « À la claire fontaine », celle-ci représente métaphoriquement la femme qui invite aux plaisirs de la chair. On retrouve cette même préoccupation dans « Au clair de la Lune ». La « chandelle morte » fait référence aux problèmes d’érections masculins. Et lorsque Pierrot répond à la Lune que chez sa voisine « on bat le briquet », en réalité « on fait l’amour ».
Dans la comptine « Il court, il court, le furet », la contrepèterie anticléricale repose sur le mélange des lettres. Il suffit de remettre dans l’ordre pour comprendre qu’« il fourre, il fourre, le curé ».
Pourquoi les parents ne chanteront plus « Une souris verte » à leur bébé ?
« Il était une bergère » et « Il pleut, il pleut bergère », deux comptines à double sens
Ces deux chansons ne sont pas si innocentes. Dans « Il était une bergère », l’expression « laisser le chat aller au fromage » signifie en ancien français « perdre sa virginité avant le mariage ».
Comme l’explique le magazine Ça m’intéresse (nouvelle fenêtre), la comptine « Il pleut, il pleut bergère » est un chant révolutionnaire écrit en 1780 par le poète Fabre d’Églantine qui finira sur l’échafaud en 1794. Adressé à la Reine Marie-Antoinette d’Autriche, épouse de Louis XVI et surnommée « la bergère de Versailles », cette chanson faisait office de mise en garde.








