Le gouvernement a donné, vendredi 20 février, son accord à l’acquisition par le groupe américain Mara de la filiale d’EDF Exaion, mais sous conditions « contraignantes », prévoyant notamment l’entrée de Xavier Niel – actionnaire à titre individuel du Groupe Le Monde – au capital de Mara France et un conseil d’administration dominé par « des investisseurs français ».
L’Etat, actionnaire à 100 % d’EDF, a « subordonné son autorisation » de la cession d’Exaion, spécialisée dans le calcul de haute performance, au respect par Mara de « conditions juridiquement contraignantes », a affirmé Bercy dans un communiqué vendredi. Ces conditions prévoient également « la suppression de la clause de non-concurrence » entre Mara et EDF, initialement demandée par l’acquéreur.
« L’Etat a refusé une cession exclusive pour imposer un partenariat équilibré », a commenté le ministre de l’économie, Roland Lescure, cité dans le communiqué de Bercy. « Nous confirmons l’attractivité de la France pour les investissements internationaux, tout en assurant une protection intransigeante de nos intérêts stratégiques et de notre souveraineté technologique. »
Ce projet de cession par EDF de 64 % de sa filiale technologique Exaion à Mara pour 168 millions d’euros, officialisé en août, avait soulevé des remous politiques, notamment sur des sujets de souveraineté.
« Une majorité d’intérêts français »
Inconnue du grand public, la petite société de 70 ingénieurs, spécialisée dans le calcul haute performance, le cloud souverain et l’intelligence artificielle, n’est pas rentable à ce stade, mais des personnalités politiques avaient évoqué la perte d’une « pépite » dans une technologie d’avenir.
Bercy estime vendredi que l’intervention de l’Etat, rendue possible par la procédure du contrôle des investissements étrangers en France (IEF), « transforme le projet de cession initiale en un véritable partenariat compatible avec la souveraineté technologique nationale ».
L’Etat a notamment imposé au vendeur EDF de « réexaminer l’offre pour y intégrer un acteur français », ce qui permet l’entrée au capital du groupe NJJ, holding contrôlée par le milliardaire français Xavier Niel, détaille Bercy. Le montage prévoit que NJJ prendra une participation minoritaire de 10 % au capital de Mara France, lui permettant ainsi de rentrer dans la gouvernance d’Exaion.
« Ensemble, les intérêts français représentent désormais près de la moitié du capital d’Exaion », précise le gouvernement. Le conseil d’administration d’Exaion « est désormais majoritairement nommé par des investisseurs français ». « Ce rééquilibrage assure une majorité d’intérêts français avec 5 sièges sur 8 », précise Bercy.
Le retrait de la clause de non-concurrence permet enfin à EDF de bénéficier d’« une pleine autonomie stratégique pour le développement de ses activités et projets futurs » dans le numérique, estime le ministère. « L’objectif du partenariat entre Mara, EDF et NJJ est d’accélérer le déploiement d’Exaion (…) et de faire émerger depuis la France (…) un acteur européen dans le domaine des infrastructures numériques », ont déclaré EDF, Mara et NJJ dans un communiqué commun.











