- Le 19 octobre dernier s’est achevée la 37e édition du Grand Raid de La Réunion avec sa célèbre Diagonale des Fous.
- Si cette course fait partie des plus connues du grand public, les disciplines du trail et de l’ultra-trail attirent de plus en plus.
- Que se passe-t-il dans la tête des coureurs qui parcourent parfois plus de 150 km en pleine nature ? Entretien avec Thibaut Garrivier et Alexandre Boucheix, alias Casquette verte, coureurs d’ultra-trail.
Suivez la couverture complète
Bien dans son sport, bien dans son corps
Si l’on constate un engouement autour des marathons (nouvelle fenêtre), certains coureurs recherchent davantage de sensations avec le trail et l’ultra-trail. Depuis quelque temps, ces disciplines attirent de plus en plus. La France est même devenue le premier organisateur de courses de trail qui attirent des athlètes du monde entier. Réalisées en pleine nature avec beaucoup de dénivelé, une course de trail classique a une distance minimum de 42 kilomètres, tandis qu’un parcours d’ultra-trail compte au moins 80 kilomètres. Le grand public connaît notamment le Grand Raid de La Réunion et sa Diagonale des Fous, dont le départ de la 37e édition a été lancé le 16 octobre dernier. Cette année, 2.822 coureurs étaient engagés sur cette course d’environ 175 kilomètres qui traverse l’île, dont Alexandre Boucheix. L’habitué du parcours a franchi la ligne d’arrivée en neuvième position, après 28 heures et 48 minutes de course ! « La diagonale, c’est ma course de cœur, ma grande kermesse annuelle »
, nous confie celui qui partage sa passion pour la course sous le pseudo Casquette verte – sa marque de fabrique – sur les réseaux sociaux. Chef de projet chez JCDecaux à Neuilly-sur-Seine la journée, le trentenaire profite du moindre temps libre pour courir, y compris lors de ses trajets domicile-travail. Pourtant, cet ancien président du bureau des étudiants de son école de commerce était loin d’imaginer qu’il deviendrait un coureur d’ultra-trail. Embarqué par un collègue de travail au début de sa vie professionnelle, Alexandre découvre un tout nouveau monde qui s’offre à lui. « Je suis passé de quelqu’un qui s’étouffe à courir derrière un bus à terminer la Diagonale des fous deux ans et demi plus tard »,
décrit celui qui raconte son parcours dans le livre « On m’appelle Casquette verte », publié aux éditions Flammarion
en avril dernier.
Au-delà de la performance, une quête personnelle
Tomber dans la marmite du trail et de l’ultra-trail a presque l’air facile. Pour Alexandre, qui a commencé la course à pied après avoir terminé ses études, le fait de constater rapidement ses progrès a été un vrai moteur. « Je ne m’entraîne pas, je cours »
, martèle-t-il. Une ascension presque naturelle qui rappelle le parcours de Thibaut Garrivier, soutenu par Hoka. Top 5 et premier Français au dernier Ultra Trail du Mont-Blanc au mois d’août, une des courses d’ultra les plus exigeantes, le radiologue a découvert la discipline en alliant la course à pied, qu’il a commencé à pratiquer pendant ses études de médecine, et sa passion pour la montagne, étant originaire des Hautes-Alpes. « Ça s’est fait vraiment crescendo, puis j’ai réalisé que j’avais de meilleures capacités pour les distances plus longues »
, détaille l’athlète de 35 ans basé à Annecy. Outre l’effort, ces courses de plusieurs heures en nature sont le moyen de s’offrir une expérience personnelle au-delà de la compétition. « C’est à la limite de la philosophie spirituelle, les courses d’ultra-trail représentent une grosse introspection »
, analyse le coureur de haut niveau, qui explique que la fascination extérieure pour les catégories reines illustre un phénomène sociétal. « Aujourd’hui, ce n’est pas forcément les épreuves les plus denses d’un point de vue sportif, mais par contre, c’est ce qui fait rêver parce qu’on en veut toujours un peu plus dans notre société »
, partage-t-il. Un sentiment d’en vouloir toujours plus qu’Alexandre Boucheix a ressenti dès ses premiers pas en longue distance avec la découverte de sensations inédites : « Ça casse les limites mentales et physiques que je n’imaginais avoir auparavant. »
L’endurance comme terrain d’exploration
S’ils s’accordent sur le fait que ces courses leur procurent des émotions d’une vie en seulement quelques heures, leurs exploits sont selon eux loin d’être inaccessibles. Thibaut Garrivier l’illustre avec la notion de second souffle qui peut être ressenti au milieu ou à la fin d’une course, après un coup de mou. « C’est aussi ce pourquoi l’être humain est fait. On est le plus endurant des animaux sur Terre, alors qu’on n’est pas du tout rapide et je pense que c’est sur ce type de course qu’on va vraiment explorer nos limites de l’endurance »
, détaille le médecin. Pour eux, il n’est pas question de leur parler de surhommes. « On n’est pas des extraterrestres, moi aussi, je pensais que les gens qui allaient courir 180 kilomètres en montagne pendant deux jours étaient fous »
, lance Alexandre Boucheix, avant de poursuivre : « Certes ça prend du temps, c’est beaucoup de travail, de la sueur, du labeur, mais si tu aimes ça et que t’en as envie, globalement, c’est possible pour tout le monde ! »
Malgré tout, la douleur fait aussi partie de l’exercice. « C’est un passage obligatoire »
, note le Parisien. Pour Thibaut, elle s’apparente presque à un défi à part entière. « Il faut forcément s’y préparer mentalement »
, commente-t-il, expliquant que les longues distances lui permettent justement de mieux apprivoiser ces douleurs. Il faut alors apprendre à courir avec la douleur, plutôt que contre elle.











