- Près de 2 ans après la fin de sa tournée « Civilisation », Orelsan sort du silence au cinéma le 29 octobre dans un film aussi déjanté et poétique que lui.
- Dans « Yoroï », le rappeur incarne un Aurélien de fiction qui s’exile au Japon avec sa femme enceinte pour mieux faire face à ses démons après un burn-out.
- « C’est vraiment un projet que je vois comme la suite de ma carrière », nous assure le Caennais qui poursuivra son grand retour avec un nouvel album en novembre et une série de concerts en 2026.
Il martèle à l’écran qu’il n’a « jamais été aussi heureux »
. On a, pour notre part, jamais été aussi bluffés par Orelsan. Dix ans après le très réussi Comment c’est loin
avec son ami Gringe sur leurs années de galère à Caen, le rappeur fait un retour fracassant au cinéma avec Yoroï
, un film tellement unique qu’il est difficile de décrire. Sur les rotules après sa dernière tournée, Aurélien s’exile au Japon avec sa femme enceinte Nanako (Clara Choï) pour tenter de se reconstruire. Sa chute dans le puits de leur maison le mettra sur la route d’une armure millénaire qui a le pouvoir de faire surgir des Yokaïs. Autant d’étranges créatures qui ne sont en fait que la personnification des troubles qui agitent l’artiste.
Aussi intimiste dans ce qu’il raconte que massif en termes de production, Yoroï
narre avec une poésie folle la quête d’un homme cherchant à exorciser ses démons. La touche fantastique en plus. Toute ressemblance avec la réalité n’est pas tout à fait fortuite parce qu’il y a forcément un peu d’Orelsan dans cet Aurélien de fiction. Depuis la fin de sa tournée à succès Civilisation
il y a deux ans, le musicien de 43 ans est devenu père. Et s’est forcément lui aussi posé mille questions.
Tout est parti d’une armure – yoroï
en japonais -, celle portée par le rappeur dans le clip de « Ils sont cools » en 2012. « On s’est toujours dit que ça pourrait devenir un film mais ça n’est pas allé très loin »
, se souvient le réalisateur David Tomaszewski dans les notes de production. Le déclic viendra sept ans plus tard en découvrant Mon voisin Totoro
avec son fils alors que son épouse attend leur deuxième enfant. « Le pitch a toujours été de savoir comment faire le ménage dans sa vie et ses démons lorsqu’on attend un enfant »
, insiste celui qui co-signe le scénario avec Orelsan. Les quatre morceaux inédits du rappeur présents dans le long-métrage figureront sur La fuite en avant
, le cinquième album studio de l’artiste à venir le 7 novembre avant une grande tournée en 2026. On a tenté de décortiquer ce projet hors norme avec le duo qui collabore depuis déjà seize ans.
Au cours de la confection d’un tel projet, avez-vous été tous les deux rattrapés par « la peur de l’échec »
, titre du premier clip que vous avez tourné ensemble en 2009 ?
David Tomaszewski : Je n’ai pas eu cette angoisse-là. Il y avait une rigueur et une discipline à tenir pour faire le meilleur film possible et pousser les curseurs. Le projet était très ambitieux à tous les niveaux et à tous les postes, que ce soit la direction artistique, la musique, le casting ou les décors. Je n’y suis pas allé avec la peur mais on s’embarquait dans quelque chose de tellement démesuré qu’il ne fallait pas lâcher, pas quitter le truc.
Orelsan : Je l’ai ressentie mais de manière positive. On savait que c’était ambitieux et que plein de trucs pouvaient faire que ça ne marche pas dès l’écriture ou au casting. Si le couple ne marchait pas, ça ne marchait pas. Si la baston ne marchait pas, ça ne marchait pas. Si les Yokaïs n’avaient pas pile la bonne direction artistique, ça ne marchait pas. C’est aussi un film un peu hybride qui mélange action et humour, un peu comme les comédies des années 90 qu’on aimait bien. On savait qu’on était sur un équilibre fin. Mais cette peur de l’échec nous a motivés à rester vigilants jusqu’à la fin de la fin, jusqu’au montage pour affiner : « Ah là, y a trop de blagues. Là, y a trop d’action. Là, on explique trop et là on ne comprend rien »
.
David Tomaszewski : On a aussi fait beaucoup de clips avant et on se demandait toujours à quoi ça allait ressembler à la fin. On se faisait assez confiance. Je n’avais encore jamais cité Tom Cruise mais je vais emprunter une réplique du dernier Mission : Impossible
qui m’inspire beaucoup : « We are figuring it out »
. Ça veut dire qu’en gros, on va s’en sortir. Même si c’est compliqué, même si on est dépassé par les évènements, on finit toujours par s’en sortir.
Le film est là pour le fun mais c’est aussi un excellent moyen de parler des émotions, de parler des peurs aussi et de plein de sujets qui nous touchent
Le film est là pour le fun mais c’est aussi un excellent moyen de parler des émotions, de parler des peurs aussi et de plein de sujets qui nous touchent
Orelsan
Ce film, c’est un peu la somme de toutes les peurs d’Aurélien mais c’est surtout la somme de tout ce qui fait l’univers d’Orelsan, dans ce que ça raconte et dans la manière dont ça le raconte. Il y a le côté ludique de certains de vos textes, comme l’est celui de « Ils sont cools ». La séquence finale pourrait être la suite de « Suicide Social » si le personnage n’avait pas mis fin à ses jours. On a aussi l’évocation de la force des femmes, qu’on retrouvait dans « Athena » par exemple. Aurélien, vous diriez que Yoroï
c’est le projet qui au final définit le plus l’artiste que vous êtes aujourd’hui et peut-être aussi l’homme que vous êtes devenu ?
Orelsan : Quand David m’a appelé, j’étais en train d’écrire les derniers morceaux de Civilisation
. Il m’a dit : « J’ai une idée, c’est sur Orelsan qui part avec sa femme enceinte au Japon après un burn out. Il trouve une armure qui attire des Yokaïs »
. Je me suis dit que c’était vraiment un excellent moyen de raconter des choses comme je peux le faire dans mes albums. Le film est là pour le fun mais c’est aussi un excellent moyen de parler des émotions, de parler des peurs aussi et de plein de sujets qui nous touchent. C’est pour ça que j’avais envie de le faire. C’est vraiment un projet que je vois comme la suite de ma carrière. Et effectivement je pense qu’au global, même si c’est de la fiction – parce qu’on l’a écrit à deux et que le but principal est de divertir -, je pense qu’entre les lignes, on me retrouve un peu où j’en suis maintenant.
Votre amour du Japon est inscrit dans votre nom de scène, Orelsan. David, j’imagine qu’on ne se lance pas le défi d’aller tourner là-bas si on n’a pas un minimum d’attrait pour ce pays. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris tous les deux lors de votre temps passé sur place à Osaka ?
David Tomaszewski : C’est vrai qu’il y avait un rêve. On s’y projette puis on y est, on est vraiment en train de tourner au Japon. Et là, c’est complètement fou ! Peut-être que j’ai été surpris vraiment par le travail des équipes japonaises, leur bienveillance et leur professionnalisme. Ils bossent énormément et se donnent à 1000%. Ils sont aussi beaucoup plus nombreux sur le plateau. J’ai aimé leur dévouement au projet, leur respect même. Même le fait de faire une cérémonie pour chasser les démons avant le tournage, ça m’a vraiment touché. J’ai été très ému par la manière dont on a été accueillis et pris en charge.
Orelsan : On a tourné avec une grosse boîte de production qui s’appelle Toho et qui a produit des Kurozawa et les Godzilla
. Vraiment Toho, c’est Godzilla
! Rien que le fait d’être avec cette société qui pour nous est légendaire, c’était fou. Je ne vais pas répéter ce qu’a dit David mais l’équipe était hyper professionnelle et rigoureuse. Le seul truc, c’est que David et moi, on avait déjà tourné pas mal de fois ensemble. On aime bien travailler souvent en petite équipe, de manière un peu artisanale. Et ça, ce n’est pas possible au Japon. Ça a été pris comme un manque de respect de partir avec juste trois-quatre personnes parce que l’équipe était tellement impliquée qu’ils voulaient tous venir.
David Tomaszewski : Je voudrais rajouter que les Japonais sont très sérieux mais dès que le tournage est fini, ils sont capables de se lâcher et d’être encore plus foufous que nous, les Français. On va au karaoké, tout le monde chante et fait la fête. Et ça, c’était hyper touchant aussi.
Et vous chantez quoi au karaoké ?
David Tomaszewski : « Les Chevaliers du Zodiaque » ?
Orelsan : Ouais, moi je chante Phil Collins. Comment elle s’appelle déjà ? « Against All Odds » !
La version de Mariah Carey ?
Ah, je ne connais pas cette version !
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Yoroï (1h42) de David Tomaszewski, avec Orelsan et Clara Choï – au cinéma le 29 octobre








