Le marché lucratif des restes de dinosaures attise les convoitises.
Récemment, les douaniers de Menton ont intercepté des dents d’une espèce disparue dans un camion de fret.
Ces fossiles, vieux de 66 à 72 millions d’années, devaient être livrés en Italie.

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Le 20H

La découverte est exceptionnelle et témoigne de la fascination de certains pour la paléontologie. Il y a quelques jours, les douaniers de Menton ont intercepté une dizaine de dents de reptiles préhistoriques, parfaitement conservés, qu’ils dévoilent devant la caméra de TF1. Ils ont été dénichés dans un camion de fret juste avant la frontière italienne. « Ce sont des cavernes d’Ali Baba. On peut trouver des stupéfiants, parfois des contrefaçons, du tabac », détaille Samantha Verduron, de la Direction régionale des douanes de Nice, dans le reportage ci-dessus. 

Lorsqu’on trouve dans des colis des biens archéologiques, normalement, il y a des justificatifs qui doivent les accompagner

Samantha Verduron, de la Direction régionale des douanes de Nice

Et même si les fossiles n’ont pas d’odeur, ce qui ne permet pas aux chiens de les détecter, l’intuition des douaniers les a poussés ce jour-là à ouvrir deux colis en provenance d’Espagne. L’un à destination de Gênes, l’autre de Milan. « Lorsqu’on trouve dans des colis des biens archéologiques, normalement, il y a des justificatifs qui doivent les accompagner, parce qu’il y a des réglementations nationales et européennes qui régissent ces types de mouvement. S’il n’y a pas ces documents, le flux est considéré comme illicite, donc la marchandise est saisie par la douane », souligne Samantha Verduron.

Après leur confiscation, les dents ont été remises au musée de la Préhistoire de Menton où Pierre-Elie Moullé, attaché de conservation du patrimoine, a été chargé de les expertiser. Montrant l’une des dents interceptées, il explique qu’elle appartient à un Plésiosaure, « un reptile marin qui vivait il y a 70 millions d’années ». « Il est caractérisé par un très long cou et une petite tête », précise-t-il. Une créature qui a inspiré le mythe du monstre du Loch Ness. C’est d’ailleurs sous cette appellation très racoleuse que certaines annonces sur Internet proposent d’acquérir ce type de fossile. 

Beaucoup proviennent du Maroc et sortent du pays en toute illégalité. « Pour être vendus à des collectionneurs, à des amateurs de paléontologie », assure le conservateur. Pour quelle valeur ? Selon Pierre-Elie Moullé, on en trouve à « 50, 100, 150 euros », mais « un crâne, c’est plusieurs milliers d’euros. C’est pour ça que ce commerce est très actif », lance-t-il. Du coup, cela attise les convoitises des trafiquants, comme le montre Gérald Lemaître, paléontologue dans le Var, qui accompagne les journalistes de TF1 sur un site riche en ossements de dinosaures, récemment pillés et saccagés. « C’est l’œuvre de quelqu’un qui est venu sans autorisation sur le site pour essayer d’y trouver des fossiles », affirme-t-il. Sur une pierre, il indique que des os « ont été brisés et laissés sur place ». « Il n’y a pas eu de soin à l’extraction de ces fossiles. C’est simplement du vol », déplore-t-il. 

Lorsque des fossiles, issus de pillages ou de trafics, sont interceptés, ils sont généralement renvoyés après enquête vers leurs pays d’origine pour compléter les collections de musées locaux. 


Virginie FAUROUX | Reportage TF1 : Julien GARREL, Christophe NAPOLI et Audrey LALLI

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