- Une publication sur les réseaux sociaux affirme que des scientifiques auraient développé un patch capable de faire pousser des dents en Corée du Sud.
- Il s’agit d’une fausse information.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Fini les dentiers et les implants ? Selon une publication vue plus de 728.600 de fois sur X (nouvelle fenêtre), et également partagée en anglais (nouvelle fenêtre), la Corée du Sud aurait dévoilé « un patch bioactif »
capable de « faire repousser de vraies dents naturelles »
. Une innovation qui constituerait une véritable révolution dans le monde de la santé bucco-dentaire.
« Au lieu d’implants artificiels, ce petit patch transparent active les cellules souches dormantes directement dans la mâchoire. Il relance la régénération de l’émail, de la dentine, et même de dents complètes »
, peut-on lire. Il faudrait poser ces patchs « 20 minutes »
par jour sur ses gencives. Le processus indolore permettrait à « une nouvelle dent »
de « pousser depuis l’intérieur »
. Des essais cliniques auraient déjà été réalisés et des essais humains seraient prévus, avec la promesse de « littéralement faire repousser nos dents »
dès 2026. Les Vérificateurs se sont penchés sur ces affirmations.
Cette publication ne cite aucune source scientifique. En effectuant une recherche par mots-clés, nous retrouvons des articles (nouvelle fenêtre)qui évoquent cette supposée révolution bucco-dentaire. Le site à l’origine des publications (nouvelle fenêtre) se présente comme un centre d’implants dentaires basé aux Philippines. Le patch évoqué serait issu d’une collaboration entre des scientifiques sud-coréens et japonais, et aurait fait l’objet de publications scientifiques dans
Nature Materials
(nouvelle fenêtre)et le Journal of Dental Research
(nouvelle fenêtre).
Sauf que nous ne retrouvons aucune mention d’un tel projet de recherche, ni dans ces revues, ni dans la presse, ni sur les sites officiels des universités évoquées. Selon plusieurs (nouvelle fenêtre) logiciels de détection (nouvelle fenêtre), les textes publiés ont été générés par intelligence artificielle (IA). « C’est une fausse information »
, nous confirme Pierre Layrolle, directeur de recherche à l’Inserm (nouvelle fenêtre).
« Il n’y a aucun fondement scientifique, publication, ou preuve qu’un tel patch existe, et que cela fonctionne chez l’animal ou chez l’homme »
, poursuit le spécialiste en ingénierie tissulaire. L’idée même d’un tel patch est invraisemblable selon Pierre Layrolle. « J’y crois moyennement, car ça voudrait dire qu’on aurait identifié des facteurs de croissance qui permettraient de faire repousser les dents, et résolu des questions pratiques sur la façon dont un patch pourrait tenir sur la gencive jusqu’à ce qu’une autre repousse »,
détaille le chercheur. « L’idée d’une pose de vingt minutes par jour n’a par ailleurs aucun sens ou fondement scientifique »
, ajoute-t-il.
Alors où en est réellement la science ? A ce jour, il existe un produit sous forme de gel « Emdogain », développé par une société suisse, qui permet de « régénérer le tissu osseux »
. Des scientifiques français travaillent également sur la régénération osseuse par thérapie cellulaire et biomatériaux. « Nous avons fait des essais avec des cellules souches autologues, cultivées à l’Etablissement français du sang »
, explique Pierre Layrolle. « Chez les patients édentés partiels ou complets, quand il n’y a plus de dents, une fonte osseuse se fait. On perd la hauteur et la largeur de l’os alvéolaire qui supporte les dents »
, détaille le directeur de recherche à l’Inserm. Cette diminution d’os empêche la pause d’implants. L’idée est donc de reconstruire de l’os grâce à des cellules souches, une technique alternative à la greffe osseuse, avant de poser des implants.
Des équipes mènent également des recherches sur la restauration d’émail ou « fabrication » de dents. Au Japon (nouvelle fenêtre), des scientifiques (nouvelle fenêtre) travaillent sur un produit injectable qui activerait les protéines osseuses morphogénétiques pour faire pousser de nouvelles dents à partir de bourgeons dentaires. Mais aucune de ces techniques ne correspond donc à un patch qui ferait repousser des dents, et tous ces projets sont au stade de recherche scientifique, et non à l’état de produit commercialisable et accessible au grand public.
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