- Très largement relayée, une publication sur X explique qu’un cliché de la célébrité américaine a constitué le point de départ d’une vaste enquête pour trafic d’antiquités.
- Ce récit très surprenant est authentique et remonte à 2018, lors d’un gala organisé au Metropolitan Museum of Art de New York.
- Kim Kardashian avait alors posé devant un précieux sarcophage doré, volé plusieurs années auparavant en Égypte.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Relayée par un compte X dédié à l’actualité égyptienne, une photographie de la star américaine Kim Kardashian a été consultée plusieurs millions de fois en seulement 48 heures. On la voit prendre la pose devant un sarcophage égyptien dont les dorures majestueuses font écho à celles de sa robe de soirée. Le cliché en question, nous dit-on (nouvelle fenêtre), « a permis aux autorités égyptiennes de localiser »
cet artefact, « volé pendant la révolution de 2011 »
et « vieux de plus de 2.100 ans ».
En apparence improbable, ce récit est pourtant bien réel. La notoriété de l’influenceuse a permis de diffuser à grande échelle les images du sarcophage dérobé et de remonter jusqu’à un homme ayant contribué à son pillage. Le point de départ d’une affaire rocambolesque, à travers plusieurs continents.
Une antiquité pillée en 2011 pendant la révolution égyptienne
Lors du gala organisé le 7 mai 2018 par le Metropolitan Museum of Art de New York (MET), Kim Kardashian arbore une robe dorée du couturier Versace. Mobilisé pour couvrir l’événement, le photographe Landon Nordeman en profite pour réaliser un cliché de la star devant un magnifique sarcophage égyptien. Les dorures de cette antiquité s’accordent à merveille avec celles de la tenue portée par « Kim K » : les ingrédients d’une photo réussie qui va rapidement se répandre en ligne à travers le monde.
Peu de temps après, la justice américaine est contactée par un informateur anonyme. Il a reconnu le sarcophage et assure avoir participé à son pillage. Dévoiler ces informations constitue pour lui une forme de vengeance, puisqu’il confie n’avoir jamais été payé pour sa participation à l’opération. Une cellule du FBI va alors diligenter une enquête et remonter aux origines de ce trésor de l’Égypte antique.
Témoignage historique rare, ce sarcophage a suscité l’admiration des spécialistes. Fabriqué en Égypte entre 150 et 50 av. J.-C., au cours de la période ptolémaïque, il était destiné à contenir le corps momifié de Nedjemankh, un prêtre de haut rang qui a consacré sa vie au du dieu à tête de bélier Harsaphes. Ce cercueil doré à l’or fin, d’environ 1,80 mètre de long, est richement décoré. On y retrouve des textes hiéroglyphiques ainsi qu’une série de représentations symboliques destinées à protéger et guider le défunt en vue de sa renaissance dans l’au-delà.
Le Metropolitan Museum of Art de New York, qui l’a acquis pour quelque 3,5 millions d’euros en 2017, pensait avoir mis la main sur une œuvre unique, mais il a déchanté en apprenant qu’elle était en réalité le fruit d’un pillage. Profitant de la révolution égyptienne de 2011 et du chaos qui régnait dans le pays, des malfrats ont en effet exhumé de terre le sarcophage, avant de le faire transiter vers Dubaï. Une fois restauré, cet objet vieux de deux millénaires s’est retrouvé au cœur d’un vaste trafic d’antiquités.
Des vastes ramifications qui conduisent jusqu’au Louvre
Les Simonian, une famille égyptienne d’origine arménienne, sont rapidement apparus comme des protagonistes centraux dans cette affaire. Aidés par un homme de main nommé Roben Dib, ils se sont spécialisés dans le blanchiment d’œuvres pillées. Le tout à grand renfort de faux documents de provenance et de certificats d’exportation contrefaits. Le musée new-yorkais, rapidement mis au courant de l’enquête, a réalisé qu’il avait été totalement floué.
Début 2019, alors que le précieux sarcophage est présenté au public comme une pièce maîtresse des collections, sa provenance frauduleuse est révélée. L’exposition qui le mettait en avant prend fin prématurément et conduit le MET à présenter des excuses aux autorités égyptiennes. L’institution a reconnu avoir « reçu un historique de propriété falsifié, des déclarations mensongères et de faux documents, notamment une licence d’exportation égyptienne contrefaite de 1971 pour le cercueil »
. La restitution a lieu quelques mois plus tard, s’accompagnant d’engagements forts de la part du musée. « Nous nous engageons désormais à tout mettre en œuvre pour que justice soit faite et pour contribuer à prévenir de futures atteintes au patrimoine culturel »
, a promis (nouvelle fenêtre) son président-directeur général, Daniel Weiss.
La procédure judiciaire initiée aux États-Unis s’est prolongée avec le soutien des autorités égyptiennes, allemandes et françaises. Au cours de leurs investigations, les enquêteurs ont remonté la piste d’une série d’intermédiaires. Ces derniers ont été impliqués dans la vente de plusieurs pièces acquises par le Louvre Abu Dhabi et ayant transité par les mêmes circuits que le sarcophage de Nedjemankh. Ces transactions, dont les montants cumulés se chiffrent en dizaines de millions d’euros, ont conduit à une série de mises en examen en France. À commencer par celle de l’ancien directeur du Louvre, Jean-Luc Martinez, suspecté (nouvelle fenêtre) de « complicité d’escroquerie en bande organisée et blanchiment ».
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