A la toute fin du mois de janvier, dans une discrétion révélatrice, le gouvernement a annoncé la suppression des financements consacrés à l’accès à la santé dans les quartiers populaires. Une économie de bout de chandelle : 14 millions d’euros, à peine, qui auront pourtant des conséquences directes et immédiates pour les habitantes et habitants d’une trentaine de territoires parmi les plus défavorisés du pays. Une décision qui met en lumière une réalité préoccupante : le renoncement pur et simple à la lutte contre les inégalités sociales et territoriales de santé.
La crise sanitaire liée au Covid-19 avait pourtant agi comme un révélateur brutal. Elle avait mis au jour des inégalités criantes face à la maladie et à la mort. En Seine-Saint-Denis, département le plus touché, la surmortalité atteignait 134 %, 33 % de plus qu’à Paris, pourtant limitrophe. A l’été 2021, à l’initiative de la délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, une réponse publique a émergé : l’expérimentation Secpa (structures d’exercice coordonné participatif). Vingt-six structures s’y sont alors engagées, avec une ambition claire : adapter l’offre de santé aux réalités sociales, linguistiques et culturelles des territoires populaires pour y faire de l’accès à la santé une réalité.
Quatre ans plus tard, cette expérimentation s’est imposée comme l’un des viviers les plus dynamiques de réinvention de notre système de santé. Dans ces structures, nous avons transformé nos pratiques. Nous avons appris à travailler avec des médiateurs et médiatrices en santé, pour accompagner les patients dans la prévention ou l’accès aux droits. Nous avons généralisé l’appui d’interprètes, en présentiel et par téléphone – au point de se demander comment l’on pouvait faire auparavant. Nous avons développé des outils pour améliorer la littératie en santé des patients : leur capacité à trouver une information, à la comprendre, à l’analyser et à l’utiliser. Avec les usagers, nous avons coconstruit des ateliers d’entraide contre le non-recours aux droits, des actions d’activité physique adaptée, des permanences de santé dans des foyers de travailleurs migrants. Autant d’initiatives concrètes, ancrées dans les besoins réels des populations, qui font la force de ce modèle dit de « santé communautaire ».
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