Enceinte de sept mois, elle a fait le voyage depuis la Bretagne pour rencontrer l’équipe de la CICO, la consultation d’information, de conseils et d’orientation des femmes suivies pour troubles psychiques, enceintes ou avec désir d’enfant. Manuela (tous les prénoms des patientes ont été modifiés), 36 ans, a rendez-vous un matin de janvier avec le pédopsychiatre Romain Dugravier et la psychologue Philippine Besnier.
Tous deux travaillent au centre de psychopathologie périnatale de l’Institut Paris Brune (14e), à l’origine de la CICO et dont le docteur Dugravier est le directeur. Dans une salle spacieuse meublée d’un bureau et d’un canapé, Manuela dépose un sac en plastique rempli de vêtements pour nouveau-né qu’une amie vient de lui prêter et s’assoit lourdement sur une chaise.
Son ventre proéminent tend son chemisier ocre, et elle laisse tomber à ses pieds la ceinture élastique qui maintient ses lombaires, mises à l’épreuve par la grossesse. Psychologue en Bretagne et déjà mère d’un fils de 4 ans, elle a souffert, quinze mois après la naissance de ce dernier, d’une sévère dépression du post-partum.
Face à Romain Dugravier et à Philippine Besnier, elle décrit ses symptômes, « très étranges » : « Un jour, au volant, j’ai complètement perdu la vue de mon œil gauche et mes bras sont devenus lourds. » Les examens menés aux urgences écartent une cause physiologique, mais, dans les jours qui suivent, Manuela ne parvient pas à récupérer. Elle ressent une forte angoisse et fait l’expérience d’épisodes de dépersonnalisation et de déréalisation.
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