Volodymyr Zelensky est attendu vendredi à Washington, pour signer un accord sur les minerais ukrainiens.
Après une première version américaine décriée par l’Ukraine, celle-ci affirme être parvenue à une nouvelle copie qui lui serait bien plus favorable.
Mais de là à obtenir un vrai engagement de protection, la marche est haute, et les experts craignent toujours un tour de force de la Maison Blanche.

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Le second mandat de Donald Trump

« Une grande affaire, une très grande affaire. » C’est en ces termes que Donald Trump a décrit, plein d’enthousiasme, l’accord sur les minerais ukrainiens (nouvelle fenêtre) qui semble en passe d’être acté entre Washington et Kiev, qui joue quant à lui très gros, menacé d’être exclu des pourparlers de paix. Le président américain a confirmé ce jeudi 26 février qu’il accueillerait vendredi son homologue ukrainien à Washington pour finaliser cette nouvelle copie, dont les contours restent malgré tout nébuleux.

À l’origine, Volodymyr Zelensky avait été le premier à évoquer un possible accord sur les minerais, un atout indéniable de l’Ukraine, qui concentrerait 5% des ressources minières mondiales. En contrepartie d’un accès à ces richesses, il espérait obtenir des États-Unis des garanties de sécurité dans les négociations à venir pour mettre fin à la guerre. « Mais tout cela a débouché sur un chantage éhonté de la part de Donald Trump », rembobine Pierre Servent, consultant défense de TF1-LCI. 

Des clauses défavorables levées, mais un flou sur la sécurité

Le nouveau locataire de la Maison Blanche a en effet exigé d’utiliser ces ressources, dont des terres rares (nouvelle fenêtre) très convoitées, pour compenser l’aide versée à Kiev (nouvelle fenêtre) par son prédécesseur Joe Biden, avançant le chiffre vertigineux de 500 milliards de dollars en trois ans de guerre. Soit quatre fois plus que les sommes réelles, évaluées à 120 milliards de dollars à ce jour par l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale.

Volodymyr Zelensky avait alors rejeté ce premier accord proposé par Washington. « L’Ukraine n’est pas à vendre », avait-il rétorqué, déclenchant la colère du milliardaire américain, qui a depuis multiplié les sorties hostiles contre son homologue, qualifié de « dictateur », épousant complètement la rhétorique du Kremlin (nouvelle fenêtre)

Dans l’espoir de peser sur les négociations, le dirigeant ukrainien a finalement accepté de rouvrir le dossier, mais à condition d’obtenir des concessions. Ce serait chose faite, a assuré un haut responsable ukrainien à l’AFP, évoquant un nouvel accord (nouvelle fenêtre) dans lequel les Américains « ont enlevé toutes les clauses qui ne nous convenaient pas, en particulier les 500 milliards de dollars ». Prenant la parole ce jeudi, Volodymyr Zelensky a expliqué lui-même que les revenus tirés des exploitations seraient déposés dans un fonds commun (nouvelle fenêtre) entre les deux pays, et que l’Ukraine ne serait pas « un débiteur » de l’assistance américaine.

Mais selon l’AFP, le nouveau texte comporterait certes une référence à la sécurité de Kiev, mais sans garanties concrètes. « La stratégie ukrainienne pour convaincre l’administration Trump pourrait avoir réussi, mais il faudra voir ce que l’accord contient vraiment : si Kiev est parvenue à acheter des garanties de sécurité, une place à la table de négociations, ou simplement du temps », s’interroge Michael Stricof, maître de conférences en civilisation des États-Unis à l’Université d’Aix-Marseille. 

Une « extorsion de fonds » toujours en marche ?

Les visées du président américain, elles, ne semblent en tout cas pas avoir changé. « Il joue l’homme fort et le deal-maker, sur le mode : ‘si je n’ai pas de valeur à extraire, à quoi bon soutenir l’existence de ce pays ?' », appuie le spécialiste. Même en partant du principe que la première mouture, « qui était de l’extorsion pure et simple », est bien enterrée, Donald Trump continue de se présenter en position de force, constate quant à lui l’analyste géopolitique Ulrich Bounat sur LCI, dans la vidéo ci-dessous.

Que faut-il attendre de l’accord sur les minerais ukrainiens, envisagé par Kiev et Washington ? Source : TF1 Info

En affirmant que c’est Volodmyr Zelensky qui « aimerait signer (l’accord) avec moi », l’ex-homme d’affaires donne l’impression que son homologue américain « va littéralement aller à Canossa », décrypte l’expert. Avec l’air de dire : « ces Ukrainiens, qui avaient osé me résister, vont venir m’implorer pour signer le contrat, et sans obtenir grand-chose en retour, en termes de garanties de sécurité »

Sur le terrain, certains acteurs du secteur voient pourtant d’un bon œil l’annonce d’un accord, dans un secteur qui souffre cruellement d’investissements étrangers dans le pays. C’est ce qu’a pu constater une équipe de LCI envoyée sur place (nouvelle fenêtre), auprès du directeur de l’un des plus importants gisements de graphite ukrainiens, dans la vidéo ci-dessous. Mais ces espoirs pourraient être vite douchés. Si le nouvel accord reste dans l’esprit du premier, « une bonne partie de l’argent qui va être récolté, en termes de bénéfices, va repartir aux États-Unis », anticipe Ulrich Bounat. 

LCI SUR LE TERRAIN – A la découverte d’une mine de terre graphite en Ukraine Source : Le CLUB

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Pour Pierre Servent, cet accord ne pourrait offrir qu’un maigre avantage : s’assurer que Washington protège ses investissements sur place, ce qui impliquerait donc une présence sur le sol ukrainien. Mais rien n’est moins sûr, et pour l’heure, on continue toujours de se diriger vers une forme d’« extorsion de fonds sous contrainte », estime-t-il. « Sur le dos d’un pays agressé, meurtri, Donald Trump fait du business : à ses yeux, il n’y a pas d’alliés, que des clients. Comme si, lorsqu’il voyait quelqu’un au sol, en difficulté, il se baissait pour lui piquer sa montre », ironise le consultant défense.

Le Kremlin tente de « doubler » l’Ukraine

Dans cette même logique mercantile, l’ex-homme d’affaires pourrait bien se laisser séduire par une contre-offre de Vladimir Poutine : le dirigeant russe s’est dit de son côté favorable à des investissements américains (nouvelle fenêtre) dans les territoires occupés par Moscou en Ukraine. « Il essaie de doubler Volodymyr Zelensky », constate Pierre Servent. 

Si un tel accord voit le jour entre les deux pays, « n’importe quel deal signé avec Volodymyr Zelensky sera beaucoup moins important », abonde Ulrich Bounat. Avec à la clé, le risque de voir Washington et Moscou s’accorder sur « une espèce de deal à plusieurs centaines de milliards, sur le dos des Ukrainiens et des Européens », en faisant complètement fi des règles du droit international. « Ce qui compte, c’est le business, rien que le business », analyse-t-il. 

Semblant bien conscient de toutes ces pressions, Volodymyr Zelensky s’est montré prudent ce jeudi au sujet de sa venue à Washington, évoquant seulement un « accord-cadre » à discuter, avant d’envisager les détails. « Le succès dépendra de notre conversation avec le président Trump, a-t-il mis en garde, lucide. Ce deal peut être un grand succès ou simplement disparaître. »


Maelane LOAEC

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