Volodymyr Zelensky est reçu ce vendredi à Washington par Donald Trump, pour y signer un accord sur les minerais ukrainiens, au cœur de tractations chahutées ces dernières semaines.
Kiev assure avoir obtenu des concessions par rapport à une première version américaine, mais les garanties de sécurité que le pays espère semblent encore loin d’être concrètes à ce stade.

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Le second mandat de Donald Trump

Après des négociations mouvementées, ils auraient finalement accordé leurs partitions. Le président américain Donald Trump reçoit ce vendredi 28 février à Washington son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, pour signer un accord sur les minerais ukrainiens (nouvelle fenêtre), convoités depuis des semaines par la Maison Blanche. Mais si Kiev est parvenu à arracher des concessions, après avoir rejeté une première mouture, les contours de cette nouvelle copie restent malgré tout flous, en particulier sur les garanties de sécurité qu’exigent les Ukrainiens. 

Volodymyr Zelensky avait lui-même évoqué la piste d’un accord sur les gisements de l’Ukraine, qui concentre quelque 5% des ressources minières mondiales (nouvelle fenêtre), en contrepartie d’une forme de protection américaine, si un cessez-le-feu était instauré avec Moscou. Depuis son retour au pouvoir le mois dernier, Donald Trump s’est emparé du sujet, mais avec un ton très offensif, réclamant initialement que Washington puisse tirer suffisamment de bénéfices pour rembourser toute l’aide fournie à Kiev depuis le début du conflit, il y a trois ans.

Des compromis sur le partage de l’exploitation…

Le président ukrainien avait alors refusé cette forme de deal, déclenchant la colère de son homologue, qui avait tiré à boulets rouges contre lui, épousant la rhétorique du Kremlin (nouvelle fenêtre) qui fait reposer la responsabilité de la guerre sur l’Ukraine. Mais l’administration américaine semble finalement avoir changé de braquet ces derniers jours : une nouvelle version de l’accord a été discutée, adoucissant considérablement les précédentes exigences de Donald Trump, selon Kiev.

L’ex-homme d’affaires avait notamment demandé à ce que l’exploitation de ces minerais permette de dégager des bénéfices de l’ordre de 500 milliards de dollars pour les États-Unis, pour amortir les aides versées jusqu’alors, qui se chiffrent en réalité à 120 milliards de dollars, selon l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale. Cette mention a disparu du nouvel accord. 

Il y est également prévu de mettre en place un fonds d’investissement commun dans les métaux, hydrocarbures et investissements. Kiev doit y verser 50 % des recettes provenant de la monétisation attendue des ressources minérales appartenant à l’État, dont le pétrole, le gaz et les infrastructures logistiques, selon le journal ukrainien The Kyiv Independent (nouvelle fenêtre). Le pays ne sera pas « un débiteur » de l’assistance américaine, a assuré mercredi Volodymyr Zelensky lui-même.

… mais sans gage concret sur la sécurité

Mais les Ukrainiens ne semblent pas avoir réussi pour autant à obtenir les gages qu’ils attendaient des Américains. Le texte ne prévoit pas en l’état de garanties de sécurité de la part de Washington, un enjeu pourtant crucial pour Kiev dans le cadre de négociations de paix avec le Kremlin (nouvelle fenêtre), dont le pouvoir ukrainien semble d’ores et déjà avoir été exclu par la Maison Blanche. 

Selon les médias ukrainiens, le texte comporterait une référence à la sécurité du pays, mais sans garanties concrètes. « Le gouvernement des Etats-Unis soutient les efforts de l’Ukraine pour obtenir les garanties de sécurité nécessaires à l’instauration d’une paix durable », indique un texte (nouvelle fenêtre) qu’ils ont partagé mercredi, et qui était alors présenté comme les termes du contrat en passe d’être adopté. 

« Il s’agit d’une clause générale qui dit que l’Amérique investira dans une Ukraine souveraine, stable et prospère, qu’elle travaille pour une paix durable et que l’Amérique soutient les efforts en vue de garanties de sécurité », avait indiqué un haut responsable ukrainien à l’AFP, tout en indiquant que des discussions étaient toujours en cours à ce sujet. Mercredi, Volodymyr Zelensky a lui même convenu, devant des journalistes, que le texte ne mentionnait pas encore de garanties spécifiques, mais « l’important est qu'(il) mentionne des partenaires« , avait-il fait valoir, toujours selon The Kyiv Independent.

Un effet dissuasif malgré tout ?

Kiev semble en effet espérer qu’un engagement économique américain sur son sol ukrainien puisse dissuader Moscou de reprendre les hostilités, en cas d’accord de paix. Donald Trump lui-même a assuré jeudi que l’accord fonctionnerait comme une sorte de « filet de sécurité ». « Je ne pense pas que quiconque va chercher des ennuis si nous sommes (en Ukraine) avec beaucoup de travailleurs » pour exploiter les ressources minières ukrainiennes (nouvelle fenêtre), a-t-il mis en avant. 

« L’idée est qu’avec un investissement conjoint dans les ressources du pays, les Etats-Unis resteront impliqués dans la sécurité et la stabilité « , ont souligné deux spécialistes, Gracelin Baskaran et Meredith Schwartz, dans une note d’analyse du Center for Strategic and International Studies.

Que faut-il attendre de l’accord sur les minerais ukrainiens, envisagé par Kiev et Washington ? Source : TF1 Info

Le locataire de la Maison Blanche semble aussi avoir récemment adouci son ton vis-à-vis de son homologue ukrainien, allant même jusqu’à feindre avoir oublié qu’il avait qualifié Volodymyr Zelensky de « dictateur » quelques jours plus tôt. Un revirement dont est coutumier l’ex-promoteur immobilier, qui use souvent de brutalité d’entrée de jeu lors de tractations, comme il conclurait un deal face à une société privée. « Sur le dos d’un pays agressé, meurtri, Donald Trump fait du business : à ses yeux, il n’y a pas d’alliés, que des clients », constatait mercredi auprès de TF1info (nouvelle fenêtre) le consultant défense de TF1-LCI Pierre Servent.

Conscient que la partie était loin d’être gagnée sur cet accord, Volodymyr Zelenksy avait qualifié mercredi le compromis trouvé de « début » et d’« accord-cadre », avant un futur accord plus détaillé. Il a aussi souligné que son « succès » dépendrait de discussions avec Donald Trump. Il doit être reçu à Washington dès 11 heures locales, soit 17 heures à Paris. 


Maelane LOAEC

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