Rocambolesque, le scénario de ce 25 juillet 2020 ressemble à celui d’un mauvais film. Dans l’après-midi, une femme sans histoires trouve devant chez elle, en banlieue parisienne, des policiers. L’un d’eux l’informe : « Madame, vous avez été victime d’une tentative d’homicide. » Fouille de son appartement, téléphone et ordinateur saisis. S’ensuit une longue audition, jusqu’au milieu de la nuit, dans les locaux de la brigade criminelle, à Paris. Des enquêteurs l’interrogent sur sa vie et tentent de vérifier si elle ne travaillerait pas pour le Mossad, l’un des services de renseignement israéliens.
Marie-Hélène Dini, 60 ans, se souvient de l’une des questions : « Est-ce que vous avez des documents sensibles ? » Elle réfléchit, puis répond : « Oui, la comptabilité de ma société. » Mais au fond, pense-t-elle, qui se soucie de ses entreprises de coaching professionnel ? Et, surtout, qui pourrait lui en vouloir à ce point ? Deux hommes, armés, ont été arrêtés la veille, près de son domicile. Sur le reste, les policiers restent flous, peut-être parce qu’ils n’en savent pas beaucoup plus. « Selon vous, lui demandent-ils, pourquoi seriez-vous visée par une tentative d’assassinat à l’initiative d’individus membres de services de l’Etat français ou étrangers ? » Elle ne voit aucune raison. A l’époque, la cheffe d’entreprise ne comprend « rien du tout » à ce qui lui arrive.
Cheveux argentés, Marie-Hélène Dini a l’allure un brin fatiguée, en cette fin d’hiver. Elle a donné rendez-vous dans un café à quelques pas de la gare d’Annecy. Elle vit dans la région, désormais. Loin du stress de la capitale qu’elle ne « supporte plus ». « Avant, j’avais des nerfs d’acier, dit-elle, maintenant, je suis fragile. » Méticuleusement, elle détricote ses souvenirs et cette bascule de l’été 2020. Chaque étape paraît invraisemblable. Elle tente un résumé : « J’ai eu l’impression d’être en Russie. Comme si j’avais mis le pied, sans le vouloir, dans un truc un peu mafieux. C’est une histoire qui parle de soif de pouvoir, de jusqu’où on est prêt à se laisser entraîner pour de l’argent. »
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