• Emmanuel Macron s’est exprimé mardi 3 mars devant les Français pour évoquer la guerre au Moyen-Orient.
  • Des dossiers, une figurine militaire et une anthologie de la poésie de Pablo Neruda traînaient sur son bureau.
  • Un choix de livre qui n’est pas anodin pour Benoît Santini et Marie-Laure Sara-de La Vaissière, spécialistes de l’auteur chilien.

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L’Iran attaqué par les États-Unis et Israël, le Moyen-Orient s’embrase

Des dossiers, une petite figurine militaire et un épais recueil de poésie. Emmanuel Macron s’est adressé aux Français dans la soirée de ce mardi 3 mars pour évoquer la guerre en cours au Moyen-Orient depuis son bureau à l’Élysée. Plusieurs objets trônaient sur le mobilier, devant les mains du chef de l’État. Un livre épais, avec un marque-page positionné à la fin de l’ouvrage, a notamment retenu l’attention des téléspectateurs. 

Il s’agit de « Résider sur la Terre », une anthologie qui regroupe une partie de l’œuvre de Pablo Neruda, publiée dans la collection Quarto des éditions Gallimard en 2023. Choisir ce livre n’est pas anodin pour Benoît Santini, professeur à l’université du littoral Côte d’Opale et spécialiste de la poésie chilienne, sollicité par TF1info. « Le chant universel et atemporel de Pablo Neruda peut évidemment faire écho à la situation et le contexte que l’on connait aujourd’hui », avance-t-il. 

« Un poète désemparé face aux atrocités de son époque, mais qui garde une lueur d’espoir »

Les thèmes abordés par l’auteur chilien sacré Prix Nobel en 1971 ont « sans doute attiré l’attention du président ». « À travers la poésie, il évoque la violence des combats, l’oppression, la souffrance, la destruction, donc on est raccord avec la situation actuelle. Il dénonce la conquête espagnole du 16ᵉ siècle, l’impérialisme étatsunien dont les compagnies exploitaient les richesses naturelles et la main-d’œuvre du continent, les dictatures », explique Benoît Santini. « C’est un poète qui prend les armes à travers la poésie, il fait du langage une arme pour lutter contre l’obscurantisme et en faveur de la liberté. C’est aussi parfois un poète désemparé face aux atrocités de son époque, mais qui garde une lueur d’espoir ». 

Grande figure littéraire, amoureux de la littérature française, Pablo Neruda était aussi un homme politique et un diplomate. Il a notamment été nommé consul du Chili en France en 1939 et a fait affréter le bateau Winnipeg de Gironde jusqu’à Valparaiso au Chili, avec 2000 républicains espagnols à bord qui fuyaient la répression franquiste, raconte le spécialiste. Faut-il y voir un lien avec le rapatriement de Français annoncé par Emmanuel Macron mardi soir ? « Ça me semble pertinent ». 

Neruda « réussissait à gagner le respect de ceux qui ne pensaient pas comme lui »

Plus tard, le président Salvador Allende s’est aussi « beaucoup appuyé sur Pablo Neruda » en le nommant ambassadeur du Chili en France en 1971 « parce qu’il connait très bien la France mais aussi parce que c’est quelqu’un de très consensuel, qui a des contacts, qui est apprécié dans tous les milieux, de tous les bords politiques », complète Marie-Laure Sara-de La Vaissière, docteure en études ibéro-américaines et auteure d’une thèse sur l’œuvre du poète. 

« Il est donc très intéressant de prendre un livre de Pablo Neruda en référence car c’est quelqu’un qui réussissait à gagner le respect de ceux qui ne pensaient pas comme lui, malgré ses combats, comme son engagement contre les dictatures et son opposition à l’interventionnisme américain », ajoute l’enseignante à l’Institut catholique de Paris et à l’Institut catholique de La Roche-sur-Yon. 

Devant les Français, Emmanuel Macron s’est d’ailleurs prêté mardi soir à « un exercice d’équilibre très délicat entre à la fois parler de la responsabilité du régime iranien, mais ne pas prendre le risque de se montrer comme un allié d’Israël et des États-Unis en évoquant les violations du droit international », observe Marie-Laure Sara-de La Vaissière. En posant cette anthologie de l’œuvre de Pablo Neruda sur son bureau, Emmanuel Macron pourrait alors avoir trouvé « une façon subtile de manifester sa désapprobation de l’interventionnisme américain au Moyen-Orient, mais en usant d’une référence littéraire consensuelle ». 

Emilie ROUSSEY

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