Sur la Côte d’Azur, le tabou électoral des logements vacants et saisonniers
Dans le Var et les Alpes-Maritimes, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), trois logements sur dix sont des résidences secondaires dans les zones les plus touristiques de la région. Ce chiffre passe à un logement sur quatre dans les Alpes-Maritimes. Dans certaines communes, les résidences secondaires représentent même la majorité du parc immobilier : à Saint-Jean-Cap-Ferrat, par exemple, c’est 64 % de résidences. Dans la ville de Cannes, les chiffrent peuvent atteindre presque 50 % et à Théoule-sur-Mer, jusqu’à 79 %.
Résultat : les actifs sont obligés de se loger toujours plus loin de leur lieu de travail. Anaïde Roland et son compagnon, qui travaillent tous les deux sur la côte, près de Menton, sont obligés de faire près de deux heures de route par jour pour pouvoir se loger décemment. « Et encore, on habite dans un 40 mètres carrés, avec le chien », précise-t-elle. Lui travaille dans le BTP, elle est secrétaire médicale. L’été, ils se lèvent à 5 heures pour éviter les bouchons.
Si le problème est massif dans la région – et très souvent mentionné parmi les priorités des électeurs –, il est très rarement cité frontalement dans les programmes, majoritairement issus de candidats de droite. « C’est un sujet délicat : la majorité des administrés ont des locations saisonnières, et puis, ça ramène de l’argent à la ville », explique un directeur de cabinet d’une grosse ville en tension. Mal à l’aise sur le sujet, comme la majorité de ses collègues, il préfère ne pas être nommé. « Personne ne veut être le premier à mettre un vrai stop. »
Les « promesses », donc, sont très rares, ou très floues. Louis Sarkozy, candidat à la mairie de Menton, s’est, par exemple, engagé lors d’un débat télévisé à « imposer à partir de quatre biens par propriétaire, que la moitié soit remise en location longue durée ». Avec près de la moitié des logements vacants, « ce n’est pas ça qui va nous permettre de déménager près de notre travail », dit en soupirant Anaïde.
La Côte d’Azur figure aussi parmi les territoires avec les plus bas taux de logements sociaux, le sujet restant un tabou politique quand bien même 70 % de la population, dans certaines villes, y auraient droit.

