Vue aérienne de Nuuk, la capitale du Groenland, le 22 janvier 2026. La veille, dans son discours à Davos, Donald Trump a déclaré : « Tout ce que je demande, c’est un bout de glace. »

Le président américain Donald Trump a déclaré, samedi 21 février, envoyer un navire hôpital au Groenland, territoire autonome danois qu’il convoite, quelques heures après que l’armée danoise a annoncé l’évacuation d’un membre d’équipage d’un sous-marin américain au large de Nuuk, qui avait « besoin d’un traitement médical d’urgence », vers l’hôpital de la capitale.

Sans faire référence à cette évacuation – et sans remercier son allié danois pour cette opération de sauvetage –, le président américain a justifié l’envoi de ce « formidable navire-hôpital au Groenland » par la nécessité de « prendre soin des nombreuses personnes qui sont malades et qui ne sont pas soignées là-bas ». « Il est en route !!! », a-t-il déclaré dans un message sur sur sa plateforme Truth Social.

Son message est accompagné d’une image vraisemblablement générée par intelligence artificielle représentant l’USNS Mercy, un navire de 272 mètres de longueur généralement stationné dans le sud de la Californie, naviguant vers des montagnes enneigées. Il ne précise pas s’il s’agit effectivement du navire-hôpital envoyé au Groenland.

Il annonce, en revanche, que l’opération est menée en coordination avec Jeff Landry, nommé en décembre 2025 envoyé spécial des Etats-Unis dans l’île arctique. On ignore quel lien Jeff Landry entretient avec l’opération du sous-marin américain et si le message de ‌Donald Trump ‌a ⁠un rapport ​avec l’évacuation danoise.

Celle-ci a été réalisée samedi après-midi par un « hélicoptère déployé depuis le navire d’inspection Vaedderen », une frégate danoise en poste à Nuuk et opérant des missions de surveillance entre le Groenland et les îles Féroé, deux territoires autonomes du Danemark, a indiqué, dans un communiqué, le Commandement arctique – l’organisme chargé de surveiller et de protéger la souveraineté du Royaume du Danemark dans l’Arctique.

Des images publiées en ligne, notamment par une compagnie de croisière locale, Greeland Cruises, montrent le kiosque – la partie verticale qui dépasse du sous-marin – émergeant dans ce qui semble être la baie de Nuuk.

« Les Groenlandais reçoivent les soins dont ils ont besoin »

Copenhague a, par la suite, fait savoir que l’île n’avait pas besoin de ce renfort sanitaire. « La population groenlandaise reçoit les soins de santé dont elle a besoin. Elle les reçoit au Groenland, et, s’il y a besoin d’un traitement particulier, elle le reçoit au Danemark. Ce n’est donc pas comme s’il y avait besoin d’une initiative sanitaire spéciale au Groenland », a répondu le ministre de la défense danois, Troels Lund Poulsen, interrogé dimanche à la télévision au sujet de cette initiative dont il dit ne pas avoir été informé. « Trump tweete en permanence au sujet du Groenland (…) C’est donc sans doute l’expression de la nouvelle normalité qui s’est installée dans la politique internationale », a-t-il ajouté.

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Sans citer explicitement la proposition américaine, la cheffe du gouvernement danois, Mette Frederiksen, s’est dite « heureuse de vivre dans un pays où l’accès à la santé est libre et égal pour tous. Où ce ne sont pas les assurances ou la fortune qui déterminent si l’on reçoit un traitement digne ». « C’est la même approche au Groenland », a-t-elle écrit sur Facebook.

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Au Groenland, comme au Danemark, l’accès aux soins est gratuit. Il existe cinq hôpitaux sur l’immense île arctique. Le gouvernement local a signé au début du mois un accord avec Copenhague pour améliorer les soins des patients groenlandais dans des hôpitaux danois.

Sur les réseaux sociaux groenlandais, « on voit depuis [samedi] soir le sentiment d’un nouveau coup de pression américain en deux temps », observait dimanche le chercheur en géopolitique Mikaa Blugeon-Mered sur son compte X. D’un part, parce que cette histoire révèle « qu’un sous-marin nucléaire d’attaque était donc en train de patrouiller, dilué, le long de la côte Ouest de l’île », et cela « en dehors de tout cadre allié ».

D’autre part, parce que « l’empressement de [Donald] Trump à évoquer l’envoi inutile d’un navire-hôpital suscite un sentiment de manque de respect, l’étonnement mais aussi l’inquiétude. Qu’est-ce qui pourrait pousser Trump à vouloir positionner un navire de 1000 lits au Groenland ? », s’interroge le chercheur.

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Le Monde avec AFP

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