- La guerre en Ukraine s’enlise depuis quatre ans, et ne se joue pas seulement sur la ligne de front.
- Dans la ville occupée de Marioupol, la Russie a lancé un vaste plan de reconstruction et de repeuplement.
- Une équipe de TF1 a pu filmer dans la ville portuaire, où le processus de « russification » ne faiblit pas.
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Ukraine : la guerre entre dans sa 5ᵉ année
Pour atteindre Marioupol, il faut emprunter une longue route balayée par un vent glacial. La ville se signale enfin au loin, par les vestiges bien reconnaissables de l’usine Azovstal, symbole de la résistance ukrainienne. Depuis le début de son occupation par l’armée russe en 2022, la ville reste en majeure partie détruite. Partout, on voit encore des immeubles éventrés par les bombardements et les combats qui ont eu lieu ici, durant les premiers mois de l’invasion de l’Ukraine.
Théâtre reconstruit
Ces destructions massives, le Kremlin tente peu à peu de les effacer, à commencer par l’un des emblèmes de Marioupol : son théâtre, pratiquement rasé en 2022, après le siège de la ville. Aujourd’hui, le bâtiment a été totalement reconstruit. Accompagnée de militaires russes, notre équipe est autorisée à filmer à l’intérieur. Difficile de se souvenir aujourd’hui, entre les colonnes de marbre et les lustres imposants, que des dizaines d’Ukrainiens s’y étaient réfugiés, et sont morts sous les bombardements russes. Le théâtre a même été officiellement inauguré il y a quelques semaines. Pour Moscou, c’est la preuve que la première ville du Donbass annexée par la Russie a changé de visage.
La ville est transformée en une sorte de vitrine, où des élèves chantent désormais l’hymne de la Russie, tandis que son drapeau est hissé. « L’hymne russe dit que nous sommes tous unis. Et c’est très important que les enfants ici comprennent (…) que maintenant, ils font partie d’un grand et vaste pays »
, martèle Larissa, la directrice d’un centre de loisirs, hérité de l’époque soviétique.
Ici, chaque activité, chaque cours de théâtre, de danse ou de chant est un prétexte pour valoriser la culture russe. Avec l’objectif de faire de ces jeunes de Marioupol des Russes comme les autres, et de leur faire oublier leur passé ukrainien. « Avant, il n’y avait aucun moyen de partir, car nous n’avions pas de voiture. Donc nous sommes restés avec ma famille sous les bombes. On se cachait, car on ignorait ce qui allait se passer si on sortait »
, témoigne une jeune fille au micro de TF1, dans un centre de loisirs.
Cette russification accélérée, omniprésente dans les rues, s’accompagne de l’ambition de rendre tout retour en arrière impossible. Pour cela, on assiste à un véritable transfert de population, avec l’installation à Marioupol de milliers de Russes venus de Moscou, Saint-Pétersbourg ou de Sibérie.

Pour cela, la ville s’est transformée en un immense chantier. Dans un quartier totalement rénové, une agente immobilière tient à nous montrer l’intérieur des immeubles flambant neufs. Encore en travaux, les appartements ont tous été vendus. Celui visité par notre équipe servira par exemple de résidence secondaire à un couple de retraités russes. « Le gros avantage de l’appartement, c’est la proximité avec la mer. Elle est à cinq minutes en voiture, ça attire beaucoup de clients »
, explique Irina. De quoi repeupler une ville qui a perdu deux tiers de ses habitants pendant la guerre, entre les 20.000 morts officiellement recensés, et les dizaines de milliers d’Ukrainiens qui ont fui.
Rares sont ceux qui ont fait le choix de rester, comme Katia. Parce que pour continuer à vivre à Marioupol, elle a dû changer de nationalité. « C’est mon passeport russe », montre-t-elle à la caméra de TF1. Depuis la prise de la ville, il est impossible de faire quoi que ce soit sans ce passeport. « La démarche était obligatoire pour pouvoir continuer à vivre. Aujourd’hui, les enfants ne peuvent pas aller à l’école, les jeunes ne peuvent pas aller à l’université. Sans passeport russe, on ne peut pas trouver de travail non plus »
, explique la jeune femme. Dernier symbole de cette russification, la ville a dû changer d’heure, et se mettre à celle de Moscou.

