• Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le cours du pétrole s’est envolé, la région figurant parmi les principaux producteurs au monde.
  • Cette dynamique s’est immédiatement traduite par une hausse des prix à la pompe en France.
  • Mais alors, dans quelle mesure le pays dépend-il d’importations de ce type d’hydrocarbures en provenance des pays du Golfe ?

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L’Iran attaqué par les États-Unis et Israël, le Moyen-Orient s’embrase

« Le pétrole continue à arriver et à être raffiné ». Roland Lescure s’est voulu rassurant concernant les incidences potentielles en France de la guerre au Moyen-Orient, dans une interview au Parisien. Selon le ministre, il n’existe « pas de risque d’approvisionnement à court terme ». Mieux, affirme-t-il, « la France importe seulement 10% de son pétrole brut du Moyen-Orient ». Pourtant, depuis le début des hostilités, les prix à la pompe ont flambé dans l’Hexagone. Une hausse de 5 à 15 centimes d’euro sur le litre de SP95 et de 15 à 20 centimes sur le litre de gazole a été constatée depuis la fin février. Alors qu’en est-il vraiment ? 

Les dernières données disponibles en la matière, fournies par l’Institut national de la statistique et des études économiques

(Insee) et le Service des données et études statistiques (Sdes), datent de 2024. Il en ressort que, cette année-là, les importations en pétrole brut en provenance du Moyen-Orient se situaient effectivement dans les ordres de grandeur évoqués par le ministre, à hauteur de 11,9% du total. L’Irak (8,3%) joue un rôle clé en la matière, alors que l’Iran n’exporte plus vers la France depuis le début des années 2010. 

Le rôle clé de l’Afrique

Si ce chiffre n’est pas négligeable, il faut le relativiser, tant les approvisionnements français en la matière sont diversifiés. Ainsi, près d’un quart d’entre eux (23,5%) provient d’Amérique du Nord, essentiellement des États-Unis (22%). L’Afrique a également un poids très important. L’Afrique subsaharienne représente 21,2% des importations de pétrole brut de la France en 2024, tandis que l’Afrique du Nord pèse 16,9 %. À ce titre, les productions du Nigeria (11,9%), de l’Algérie (9,4%), de la Libye (7,5%) et de l’Angola (6,1%) sont particulièrement sollicitées. Enfin, la France se fournit aussi auprès de l’Europe, que ce soit de pays bordant la mer du Nord (9,9%) ou de pays plus à l’est du continent (12,9%), et notamment le Kazakhstan. 

L’embargo sur le pétrole russe a rebattu les cartes

Le constat est relativement similaire en ce qui concerne l’importation du pétrole raffiné. En 2024, ce dernier provenait principalement de l’Europe (44%), des États-Unis (12%), de l’Arabie saoudite (11%) et de l’Algérie (4,5%). En revanche, en zoomant davantage, on observe que le Moyen-Orient dans son ensemble fournit un tiers (33%) du gazole routier que la France importe, soit bien plus que les États-Unis (12%) ou encore l’Inde (9%). De même, le jet kérosène, notamment utilisé pour « la plupart des aéronefs à réacteurs, des jets civils et militaires, des hélicoptères » selon Total, est acheminé en grande partie depuis le Moyen-Orient (6% des importations en 2024). 

À noter que « l’embargo sur le pétrole russe a conduit à une modification des approvisionnements : les importations depuis la Russie, qui fournissait 5,2% du pétrole brut et 16,2% du pétrole raffiné importés en France en 2022, ont cessé depuis 2023 », rappelle le Sdes. 

Ces derniers jours, de nombreuses installations de production ou de raffinage d’hydrocarbures ont été frappées au Moyen-Orient. Les États-Unis et Israël ont ciblé plusieurs sites iraniens. De son côté, Téhéran a attaqué des infrastructures de pays voisins, que ce soit au Qatar, au Bahreïn ou encore en Arabie saoudite. En parallèle, la circulation maritime à travers le détroit d’Ormuz, passage clé pour le commerce mondial du pétrole, a cessé. Conséquence directe, les cours du pétrole se sont envolés cette semaine à des hauteurs plus fréquentées depuis 2023, le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, bondissant de 35% sur une semaine et le baril de Brent, référence européenne, gagnant 27,88% lors de cette même période. 

Maxence GEVIN

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