Lorsqu’il programme la poussée de 2 minutes et 23 secondes nécessaire au module de commande d’Apollo-17 pour s’arracher à l’attraction lunaire, ce 16 décembre 1972, Ronald Evans n’imagine peut-être pas qu’il faudra plus d’un demi-siècle aux humains pour revenir dans la banlieue de notre satellite. Le vol spatial, pensait l’opinion publique américaine, était devenu une routine, et il ne faudrait pas attendre longtemps avant que l’on y revienne. Mais l’attention du public était retombée et les exploits du programme Apollo avaient coûté cher, ce qui motiva l’administration Nixon à mettre fin aux trois dernières missions lunaires, ainsi qu’aux plans grandioses d’exploration du Système solaire que la NASA avait esquissés.
Depuis, le retour sur la Lune, promis maintes fois, est devenu une arlésienne de la vie politique américaine. Le président américain George H. W. Bush avait, pour les 20 ans d’Apollo-11, en juillet 1989, promis que le programme spatial américain y reviendrait. Son fils, George W. Bush, avait marché dans ses pas et lancé, en 2004, l’ambitieux programme Constellation, qui devait réaffirmer la suprématie spatiale des Etats-Unis et permettre à des bottes américaines de fouler de nouveau le sol lunaire en 2015. Aucun de ces programmes n’aura survécu aux changements d’administration et de priorités.
En décembre 2017, Donald Trump est le troisième président à demander officiellement à la NASA de lancer un programme lunaire. La promesse est usée, et personne ou presque ne la prend pour argent comptant. Huit ans plus tard, le programme Artemis est pourtant toujours là.
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