Dans le contexte budgétaire actuel, où la seule urgence semble être la recherche d’économies et où le gouvernement a envisagé de s’attaquer jusqu’au financement public des générosités, nos parlementaires feraient mieux de commencer par s’interroger sur la pertinence d’une mesure mise en place à la fin des années 1980 et qui leur bénéficie tout particulièrement : les réductions fiscales associées aux dons politiques, c’est-à-dire aux dons aux partis et mouvements politiques, ainsi qu’aux campagnes électorales.

Concrètement, aujourd’hui en France, les dons politiques ouvrent droit à une réduction d’impôt de 66 %. Ce qui veut dire que, si un individu donne 100 euros au parti politique de son choix (ou à un candidat aux élections municipales), l’Etat lui rembourse 66 euros sous la forme de réduction d’impôt ; il ne paie donc que 34 euros de sa poche. Et, s’il donne 7 500 euros à un ou plusieurs partis politiques (ce qui est la limite par an pour un individu), il ne paie concrètement que 2 550 euros, les 4 950 euros restants étant à la charge de l’ensemble des contribuables (à comparer, par exemple, au moins de 1,30 euro par électeur consacré aujourd’hui au financement public direct des partis politiques, si l’on rapporte les 64,1 millions d’euros d’aides publiques à environ 50 millions d’électeurs inscrits).

Ce système pose de nombreux problèmes, dans un contexte français où les plus riches contribuent, de fait, beaucoup plus au financement de la vie politique que les plus modestes, alimentant ainsi un fort niveau d’inégalités politiques et la crise de la représentation. Car, concrètement, cela signifie que ce sont les plus pauvres qui financent les préférences politiques des plus favorisés.

L’Etat paye deux fois

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