La manière dont les Etats-Unis montrent leurs frappes aériennes dans les médias n’avait guère évolué depuis la première guerre du Golfe [1990-1991]. Avec le début de l’opération « Fureur épique », la communication vidéo de la Maison Blanche marque une nette rupture avec cette tradition. En mêlant images réelles de frappes et références à la pop culture numérique, elle s’affranchit du registre technique et institutionnel qui caractérisait jusqu’ici la mise en scène de la guerre moderne.
Cette transformation est immédiatement lisible dans la première vidéo publiée le 4 mars sur le compte X officiel de la Maison Blanche. Le montage emprunte directement aux codes visuels du jeu de tir à la première personne (FPS) Call of Duty.
Le point de vue y est immersif, à la première personne ; le montage, rapide et syncopé. L’interface graphique reproduit ce que les joueurs appellent un « heads-up display » (HUD, « affichage tête haute » en français), caractéristique de ce type de jeux. La munition mise en scène lors de la frappe finale, une mass guided bomb, constitue dans Call of Duty : Modern Warfare II le killstreak par excellence : la récompense accordée au joueur qui enchaîne, sans mourir, suffisamment d’éliminations pour déclencher une frappe dévastatrice.
Quand cette munition est utilisée, la partie est considérée comme terminée. « Fureur épique » elle-même n’appartient pas au vocabulaire des états-majors à l’inverse d’autres opérations comme « Tempête du désert » [menée en 1991 en Irak] ou « Liberté immuable » [menée en Afghanistan après le 11-Septembre]. Cette formule emphatique ressemble à un meme ou à un titre de vidéo virale. Ce glissement signale une transformation profonde dans la manière dont l’administration américaine construit le sens de ses opérations militaires.
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