- Le projet contesté a reçu un avis favorable de la commission d’enquête publique, mardi.
- Un rapport qui intervient alors que plus de 20.000 contributions ont été apportées, défavorables dans leur quasi-totalité.
- De son côté, le porteur du projet Pure Salmon évoque une « étape déterminante ».
Suivez la couverture complète
Notre planète
Avis favorable. Le projet contesté d’élevage de milliers de saumons dans une ferme terrestre, au Verdon-sur-Mer en Gironde, a reçu un avis favorable de la commission d’enquête publique, mardi 24 mars. Il intervient alors que plus de 20.000 contributions ont été apportées lors du processus, presque toutes défavorables.
La commission d’enquête a, elle, estimé que « les éléments recueillis montrent qu’au-delà des oppositions, le projet dispose de garanties techniques et d’un encadrement progressif susceptibles de contrôler et maîtriser ses impacts, tout en offrant des perspectives de développement économique pour le territoire »
.
Les commissaires estiment également que l’acceptabilité sociale du projet « apparaît, dans une très large mesure, fondée sur des appréciations de nature subjective »,
alors que Pure Salmon présente des « atouts techniques, économiques et environnementaux significatifs ».
Plusieurs réserves sont toutefois apportées, et notamment sur le sujet de l’eau, particulièrement sensible. La commission demande ainsi une montée en puissance de la production « progressive »,
avec un contrôle, notamment, des rejets dans l’estuaire et de la densité des poissons dans les bassins d’élevage. Elle réclame aussi que l’eau potable utilisée sur le site soit « exclusivement à l’usage des salariés et dans la limite stricte de 15 mètres cubes par jour ».
Un avis du département avant une décision du préfet
« Cet avis favorable constitue une étape déterminante pour notre projet
, se réjouit la société financée par un fonds d’investissement singapourien. Il reflète la solidité de notre démarche, notre engagement environnemental et notre volonté de proposer une production de saumon durable, locale et innovante ».
L’entreprise, qui prend note des réserves apportées par la commission, se dit « pleinement mobilisée pour poursuivre le dialogue avec l’ensemble des parties prenantes et concrétiser ce projet structurant pour notre territoire ».
Désormais, c’est le conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) qui doit donner son avis sur l’usine qui vise à produire, à terme, 10.000 tonnes de saumon par an. Le préfet de Gironde a indiqué que l’instance, non décisionnaire, se réunira « dans les mois à venir »
.
Le dernier mot reviendra toutefois au préfet, seul habilité à donner son feu vert ou non à l’autorisation environnementale et au permis de construire pour la ferme géante. Une décision qui pourrait prendre moins de vingt-quatre heures comme plusieurs mois.
Les opposants vent debout
De leur côté, les opposants s’attendaient à cet avis favorable. « Ce n’est malheureusement pas une surprise, 99% des commissaires enquêteurs étaient favorables au projet
, pointe Maxime de Lisle, cofondateur et coprésident de l’association de défense des océans Seastemik. Mais nous sommes très étonnés de la manière dont ils balaient d’un revers de la main le nombre record de participations de citoyens pour s’y opposer, mais aussi d’instances publiques ».
La commission locale de l’eau, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) et le Conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde avaient en effet rendu des avis défavorables sur l’usine géante de Pure Salmon, pointant un déficit d’information derrière les « affirmations rassurantes ».
Par ailleurs, 27 ONG ont signé un « Appel pour l’océan » dénonçant un projet « complètement démesuré »
, gourmand en eau et en énergie et qui menace l’écosystème de l’estuaire, le plus grand et le plus sauvage d’Europe, qui pâtirait des rejets de boues au détriment de la pêche et de la conchyliculture locales.
Désormais, les opposants en appellent au préfet et espèrent le même scénario qu’à la Teste-de-Buch, déjà en Gironde. Il avait alors signé un arrêté de refus pour un projet d’ouverture de huit nouveaux forages pétroliers, estimant que le dossier allait « à l’encontre de l’urgence climatique »
. Le tout malgré un avis positif de la commission d’enquête publique.
Par ailleurs, quelle que soit la décision préfectorale, le débat autour de la ferme géante à saumon du Verdon ne sera pas terminé : les parties pourront déposer des recours. En parallèle, une proposition de loi, soutenue par une centaine de députés, réclame un moratoire de dix ans sur ces « fermes-usines » alors que les opposants au projet de Pure Salmon en appellent, aussi, au gouvernement et notamment aux ministres de l’Agriculture et de la Mer pour prendre position publiquement contre cette ferme terrestre à saumon.

