• Plus de 80 acteurs et réalisateurs ont signé une lettre ouverte dénonçant le silence du festival sur le génocide à Gaza.
  • Parmi eux figurent Javier Bardem, Tilda Swinton, Mike Leigh, Blanche Gardin et Adèle Haenel.
  • La polémique a débuté après les propos de Wim Wenders qui a déclaré que le cinéma devait « rester en dehors de la politique ».

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La Berlinale de nouveau secouée par la guerre à Gaza. Le festival de cinéma est appelé à prendre position contre Israël en raison du traitement des Palestiniens, après la publication d’une lettre ouverte (nouvelle fenêtre) signée par 80 acteurs et réalisateurs, dont Javier Bardem et Tilda Swinton. La déclaration, coordonnée par le groupe Film workers for Palestine qui l’a transmise à l’AFP, condamne le « silence » du festival du cinéma de Berlin sur le « génocide des Palestiniens ».

Les signataires se disent « consternés par l’implication persistante de la Berlinale dans la censure d’artistes qui s’opposent au génocide en cours perpétré par Israël contre les Palestiniens à Gaza et par le rôle clé de l’État allemand dans son soutien » à Israël. 

La Berlinale appelée à déclarer son opposition au génocide

Ils se présentent comme « des participants passés et actuels à la Berlinale ». En 2025, Tilda Swinton y avait été honorée d’un Ours d’or honneur et avait dénoncé à cette occasion « l’inhumain perpétré sous nos yeux ». Outre l’actrice britannique, figurent parmi les signataires de la lettre ouverte des réalisateurs renommés comme l’Américain Adam McKay, le Brésilien Fernando Meirelles et le Britannique Mike Leigh. Les noms des Françaises Blanche Gardin et Adèle Haenel figurent aussi dans la liste.

Tous appellent la Berlinale à « déclarer clairement son opposition au génocide, aux crimes contre l’humanité et aux crimes de guerre perpétrés par Israël contre les Palestiniens ». Contactée par l’AFP, la direction du festival n’a pas répondu dans l’immédiat.

Les propos polémiques de Wim Wenders

La polémique trouve son origine dans la conférence de presse du jury jeudi, à l’ouverture de la Berlinale. Interrogé sur la position du festival sur Israël et la bande de Gaza, le président du jury Wim Wenders avait dit que le cinéma devait « rester en dehors de la politique » dont il est « l’opposé ». « Choquée et écœurée » par cette réponse, l’écrivaine indienne Arundhati Roy avait le lendemain annoncé l’annulation de sa venue au festival.

Mardi, les plus de 80 personnalités se disent en « profond désaccord avec la déclaration » de Wim Wenders. Pour eux, « on ne peut pas dissocier l’un de l’autre », à savoir le cinéma de la politique. Samedi, la directrice du festival Tricia Tuttle avait tenté de clore la polémique, estimant que les artistes pouvaient « exercer leur droit à la liberté d’expression de la manière dont ils le décident ». Il ne faut pas attendre d’eux « qu’ils s’expriment sur chaque sujet politique qu’on leur soumet, à moins qu’ils n’en aient envie », a poursuivi Tricia Tuttle.

Le keffieh de Ben Russell

En raison de sa responsabilité historique dans la Shoah, l’Allemagne est l’un des principaux soutiens d’Israël, ce qui lui vaut de nombreuses critiques compte tenu, notamment, de la situation dans la bande de Gaza. Une commission mandatée par l’ONU et plusieurs ONG, dont Amnesty International et Human Rights Watch, accusent Israël de perpétrer un génocide dans ce territoire palestinien. Israël qualifie ces allégations de « mensongères » et d’« antisémites ».

Depuis l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023 à partir de la bande de Gaza, et l’offensive israélienne en représailles, le conflit n’a cessé d’ébranler le festival, perçu comme progressiste et soutenu par le gouvernement allemand. Pendant l’édition 2024, plusieurs cinéastes avaient fustigé ces représailles israéliennes. Keffieh sur les épaules, le réalisateur américain Ben Russell avait accusé les Israéliens de commettre un « génocide ».

Le cinéaste palestinien Basel Adra, auteur avec l’Israélien Yuval Abraham du documentaire No Other Land sur la colonisation en Cisjordanie, avait ajouté, sous les applaudissements du public, que les Gazaouis étaient massacrés par Israël. Si le conflit embarrasse de nouveau la Berlinale cette année, aucune manifestation ou action majeure n’a jusqu’ici perturbé les arrivées sur tapis rouge ou les projections dans le quartier moderne de la Potsdamer Platz.

Rania HOBALLAH avec AFP

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