Pendant des années, chaque été, Anne-Sophie Behaghel s’est longuement allongée au soleil sur les plages bretonnes, sans la moindre crainte. En hiver, elle entretenait même son bronzage en fréquentant des cabines à UV. Aujourd’hui âgée de 48 ans, la parfumeuse reconnaît que, à l’époque, son habitude répondait avant tout à un idéal esthétique : « Etre jolie passait forcément par une peau dorée. »

Avec le temps, son rapport au corps et au soleil a profondément changé. Vers 38-40 ans, elle a décidé d’abandonner totalement les UV artificiels. Désormais, elle applique systématiquement une crème solaire SPF 50 et supporte beaucoup moins les expositions prolongées.

Longtemps, le bronzage n’a pas été un sujet. Il allait de soi. Il racontait les vacances, le temps libre, une forme de relâchement social. Avoir la peau dorée, c’était simplement revenir de voyage et le montrer. Dans les années 1960 et 1970, il devient même un marqueur de modernité, un signe d’émancipation : celui d’un corps exposé, mobile, affranchi des contraintes anciennes.

Mélanomes exponentiels

Aujourd’hui, ce geste apparemment anodin s’est chargé d’ambivalences. Le hâle n’a pas disparu des imaginaires et continue de signifier la santé, la vitalité, une certaine idée de la beauté, mais il est désormais traversé par des injonctions paradoxales. Se protéger, mais bronzer quand même.

En 2026, le bronzage n’est plus seulement une habitude estivale ou un héritage culturel. Avec le développement des réseaux sociaux, il devient un sujet de société complexe, à la croisée de la médecine et de l’esthétique. Une pratique symptomatique d’aspirations contradictoires : savoir versus désir, prudence versus exposition, durée versus instantanéité.

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