• Les députés ont adopté mercredi une proposition de loi visant à limiter l’exposition de la population au cadmium, un métal lourd toxique, très présent notamment dans les céréales.
  • Le texte a été approuvé contre l’avis du gouvernement, qui défendait une trajectoire de baisse moins rapide.
  • Cette trajectoire correspond à l' »urgence sanitaire », a déclaré Clémentine Autain (Écologiste et Social), co-autrice de la proposition de loi.

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La militante écologiste Camille Etienne, présente en tribune, a salué « une très belle victoire ». L’Assemblée nationale a largement adopté mercredi 3 juin en première lecture une proposition de loi écologiste visant à limiter l’exposition de la population au cadmium, un métal lourd toxique. Le texte, adopté par 144 voix contre 22, prévoit une trajectoire ambitieuse de réduction des taux maximum autorisés de cadmium dans les engrais phosphatés, source d’accumulation de ce métal dans les sols agricoles, contaminant ensuite les aliments.

 Il a été adopté contre l’avis du gouvernement, qui défendait une trajectoire de baisse moins rapide, en mettant en avant un risque pour la compétitivité de l’agriculture française. La proposition de loi a été soutenue par l’ensemble de la gauche, ainsi que les groupes MoDem, Horizons, et Renaissance. Le Rassemblement national a voté contre.

Le rythme de la baisse, tel que voté aujourd’hui par la représentation nationale, n’est pas réaliste

Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la Transition écologique

« Merci à tous les scientifiques qui nous ont éclairés (…). Merci aux militants des ONG qui nous ont aidés à alerter l’opinion publique », a déclaré dans l’hémicycle le député écologiste Benoît Biteau, auteur de ce texte très médiatisé, qui devra encore être inscrit au Sénat. 

Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a reconnu devant les députés une « sur-imprégnation de la population française au cadmium par rapport à nos voisins européens », et assuré partager l’objectif de réduction de l’exposition. Mais « le rythme de la baisse, tel que voté aujourd’hui par la représentation nationale, n’est pas réaliste », a-t-il déclaré, et risque de mettre « à mal notre souveraineté alimentaire » et « fragiliser nos filières ». Les députés Renaissance avaient déposé des amendements proposant des trajectoires différentes, qui n’ont finalement pas été adoptés ou été retirés. 

En France, l’alimentation est la première source d’exposition au cadmium, selon l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), par exemple via les céréales (blé, riz), très consommées. Or en cas d’exposition prolongée, le cadmium est reconnu cancérogène, toxique pour la reproduction, peut entraîner « des atteintes rénales » ou encore une fragilité osseuse.

La population française particulièrement touchée

En 2025, près de la moitié de la population française présentait des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence, selon l’Anses. L’agence recommande d’abaisser les limites maximales autorisées de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilo – contre 60 mg/kg en Europe, et 90 mg/kg actuellement pour la France, qui bénéficie d’une dérogation. La proposition de loi, également portée par Clémentine Autain (l’Après), prévoit une baisse à 40 mg/kg dès 2027, puis à 20 mg/kg à partir de 2030. Cette trajectoire correspond à l' »urgence sanitaire », a-t-elle estimé. 

Se disant toutefois « inquiète » que le texte n’aboutisse pas, elle a appelé le gouvernement à prendre « dès demain » les décrets permettant « d’appliquer la décision de la représentation nationale ».

J.F. avec AFP

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