- Les députés ont voté la semaine dernière une proposition de loi visant à diminuer les taux autorisés de cadmium dans les engrais phosphatés.
- Mais même si on arrêtait demain d’utiliser des engrais phosphatés, une grande partie des sols français demeurerait contaminée.
- Certaines plantes pourraient nous aider à nettoyer les sols, mais la recherche est encore expérimentale.
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Notre planète
La population française est exposée au cadmium, un métal lourd classé comme « cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction
« . Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), 98% de l’exposition totale provient de l’alimentation chez les enfants et les adultes non-fumeurs, notamment via les pâtes, le pain et les pommes de terre.
Pour réduire l’exposition des Français à ce métal toxique, les députés ont donc voté la semaine dernière une proposition de loi écologiste sur la teneur en cadmium des engrais. Le texte, qui doit encore être voté au Sénat, prévoit une trajectoire ambitieuse de réduction des taux autorisés de cadmium dans les engrais phosphatés, qui sont source d’accumulation de ce métal dans les sols agricoles, contaminant ensuite les aliments.
La France au-dessus de la moyenne
Concrètement, le texte prévoit d’abaisser les limites maximales autorisées à 40 mg/kg dès 2027, puis à 20 mg/kg à partir de 2030. Un rythme plus rapide que celui souhaité par le gouvernement (60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030, et 20 mg/kg d’ici 2038). L’Anses, elle, recommande d’abaisser les limites maximales autorisées de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilo.
Cette baisse, quelle qu’elle soit, sera-t-elle suffisante ? Et l’agriculture peut-elle se passer d’engrais phosphatés ? Selon l’Inrae, la France se situe au-dessus de la moyenne européenne en terme de concentration en cadmium dans la couche supérieure des sols, mais cette situation a plusieurs origines, et pas les seuls apports en engrais.
Présence naturelle, pollution et engrais
Une partie des sols de l’Hexagone, par exemple ceux qui se situent sur des roches calcaires comme en Champagne, ont en effet de fortes teneurs naturelles en cadmium.
Ensuite, « une autre partie du cadmium du sol provient des retombées de la pollution atmosphérique (…) et de la proximité de zones industrialisées et urbanisées
« , explique l’Inrae. Or, cette pollution était très importante au 20ᵉ siècle. Une fois dans les sols, le cadmium, lui, s’élimine très lentement.
Le dernier apport en cadmium est, lui, bien lié aux engrais phosphatés. Et comme la pollution a diminué, aujourd’hui, la quantité de cadmium qui entre chaque année dans les sols provient pour « 50 à 70% environ des engrais phosphatés
« , selon l’Inrae, tout en représentant « moins de 0,1% du stock total actuel des 30 premiers centimètres du sol
« .
La contribution des engrais phosphatés à la teneur en cadmium des sols est donc aujourd’hui qualifiée de « faible
» par l’Inrae, par rapport aux apports précédents, mais dans 100 ans, celle-ci représenterait « 10% du stock actuel de cadmium dans les sols
« . D’où l’intérêt de réglementer les apports via les engrais, précise l’institut de recherche, pour les générations futures.
Des technologies trop lourdes
À court et moyen terme, comment réduire notre exposition ? Car il faut noter que cette pollution touche aussi l’agriculture bio, dans une moindre mesure toutefois : les engrais de synthèse sont interdits mais pas les engrais naturels. Les roches phosphatées broyées sont donc autorisées, et elles peuvent contenir du cadmium. Par ailleurs, les parcelles bio héritent souvent du stock de cadmium précédent la culture.
Pour dépolluer les sols, des technologies existent, mais elles ne sont pas adaptées aux sols agricoles car les moyens sont lourds et les durées de traitement ne sont pas compatibles avec l’exploitation agricole ; elles peuvent aussi fragiliser la matière organique du sol.
Dépolluer grâce aux plantes ?
Les chercheurs travaillent donc à des scénarios de dépollution des sols via les plantes. Les recherches, à ce stade expérimentales, portent sur des plantes qui possèdent une capacité naturelle d’hyperaccumulation des métaux, comme la crucifère sauvage. « Des expérimentations sur sols pollués ont montré que malgré son fort potentiel d’accumulation, la plante ne produit pas assez de biomasse pour permettre une dépollution dans un temps raisonnable
« , note toutefois l’Inrae.
Mais ces recherches ont permis de définir « une plante idéale
» pour dépolluer les sols plus rapidement. Les travaux doivent se poursuivre. « À court et moyen terme, on ne dispose pas de solution pour enlever de façon significative le cadmium des sols agricoles
« , écrit l’Inrae.
Autre option, donc, pour réduire notre exposition : planter des variétés moins sensibles au cadmium. Là aussi, les chercheurs ont identifié des variétés de blé possédant un gène qui « bloque
» le cadmium dans les racines, en l’exportant moins vers les graines.
Peut-on se passer des engrais phosphatés pour résoudre le problème à long terme ? Car les plantes ont besoin du phosphore pour grandir. « Les stocks cumulés de phosphore dans les sols permettraient de s’en passer pour quelques décennies sans chute majeure de rendements
« , relèvent toutefois les experts de l’Inrae, jusqu’à 60 ans.
Mais après ? Si les engrais de synthèse ont diminué de 70% depuis 1980, et si les seuils de teneur en cadmium vont être abaissés, il faudra aller encore plus loin pour protéger la santé publique, estiment en effet les chercheurs.
Certaines plantes, comme le lupin blanc ou le sarrasin, fixatrices d’azote ou de phosphore et plantées lors des rotations de culture, sont l’une des pistes pour mobiliser le phosphore du sol et le rendre disponible pour les cultures suivantes. Parmi les autres pistes figure aussi une relocalisation des élevages à proximité des cultures, pour favoriser le recyclage interne des effluents d’élevage, naturellement riches en phosphore.

