« Corse. Mafia et antimafia », de Jacques Follorou (Robert Laffont, 416 pages, 22 euros).

En Corse, les paroles en l’air sont rares et ne viennent pas juste habiller une conversation. Elles semblent ne jamais vraiment se défaire du poids d’une histoire collective hantée par des drames liés à une violence qui agit depuis longtemps comme mode de régulation sociale. L’expression publique ou privée est d’autant moins légère que, sur cette île méditerranéenne à la population réduite, l’individu ne se définit pas en tant que tel. Celui qui parle ou qui écrit engage aussi en partie sa famille, ses amis, son village d’origine, son clan, son groupe social. Voilà pourquoi une prise de parole touche vite aux équilibres et aux rapports de force qui structurent cette île. Dans cette société de proximité, de « face-à-face », les mots ont des conséquences, parfois graves. On ne peut pas faire comme si rien n’avait été dit sur les sujets qui fâchent, car tout le monde a entendu, se connaît et se croise.

Quand, le 8 mars 2025, cours Napoléon, artère principale d’Ajaccio, capitale administrative et politique de l’île, plus de mille cinq cents personnes défilent derrière deux banderoles frappées des slogans « Assassini, maffiosi, fora » (« assassins, mafieux, dehors ») et « A maffia tomba, u silenziu dino » (« la mafia tue, le silence aussi »), c’est non seulement la ville mais toute la Corse qui est interrogée sur ce qu’elle est devenue. Les mots claquent et frappent les esprits. Organisée par les deux collectifs antimafia Massimu Susini et Maffia Nò A Vita Iè, créés en 2019, la manifestation n’arbore rien d’autre comme message. Seuls quelques drapeaux à la tête de Maure, symbole insulaire, flottent au vent.

Il vous reste 87.93% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
Exit mobile version