• Malgré les pluies abondantes, des agriculteurs s’inquiètent de ne pas pouvoir utiliser leur mégabassine construite à Sainte-Soline (Deux-Sèvres).
  • « Aujourd’hui, on est absolument sans moyen d’irrigation individuelle », regrette l’un d’entre eux, interrogé par le 13H de TF1.
  • En cause ? Une décision de justice qui interdit son utilisation en raison d’une menace sur la biodiversité.

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Initiatives environnementales

Pour ces agriculteurs de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), c’est un crève-cœur. Malgré les précipitations abondantes, leur méga-bassine est loin d’être pleine. Leur installation n’est remplie qu’à hauteur de 10%. La raison ? Ils ont l’interdiction de puiser dans les nappes souterraines. Partout dans le département, il est tombé plus de 200 millimètres de pluie depuis le début de l’année. De l’eau s’est accumulée au fond de la réserve, mais les professionnels n’auront toutefois pas le droit d’y recourir cet été. « C’est complètement aberrant de ne pas pouvoir utiliser cette eau« , lance François Villeneuve, l’un de ces producteurs. « Vous mettez un bidon dans votre jardin, pour récupérer l’eau de vos toits, puis on vous dit ‘non, tu n’as pas le droit d’arroser ton jardin’« , peste-t-il

Pas de réserve collective… ni de forage individuel

Difficulté supplémentaire : au moment de créer cette mégabassine, les agriculteurs s’étaient engagés à condamner leurs forages individuels. « Aujourd’hui, on est absolument sans moyen d’irrigation individuelle« , dénonce Emmanuel Pin, éleveur à Sainte-Soline, dans le reportage du 13H à retrouver en tête de cet article. « On n’a plus le droit d’utiliser la réserve collective et on n’a plus nos moyens d’arrosage individuel« , résume-t-il.

Alors qu’il n’a jamais autant plu que ces derniers mois, l’agriculteur risque, en cas de sécheresse, de se retrouver sans eau pour arroser ses céréales. Une production dont il se sert pour nourrir ses vaches. « Les animaux devront de toute façon être nourris, mais on ne sait pas toujours comment« , poursuit Emmanuel Pin. « Si on a un été sec, il faudra qu’on paie le coût de la catastrophe. » En plus d’acheter les aliments, il devra également continuer de payer les frais liés à la réserve d’eau. Une facture qui s’élève à environ 8.000 euros par an. 

La méga-bassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) ne peut pas être utilisée en raison d’une décision de justice. – TF1

La préservation d’un oiseau au centre du débat

Cette situation résulte en fait d’une décision de justice. Celle-ci estime que l’ouvrage menace l’outarde canepetière, une espèce d’oiseau qualifiée de « vulnérable » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) au niveau européen et d' »en danger » à l’échelle française. La mégabassine est « un ouvrage qui a déjà servi« , justifie à ce sujet François Pétorin, vice-président de la coopérative de l’eau des Deux-Sèvres. « [Mais], aujourd’hui, juridiquement on ne peut pas s’en servir. Alors que techniquement, c’est un outil qui tourne à merveille. Il ne modifierait en rien l’impact sur l’outarde et autres animaux.« 

Un avis qui n’est pas partagé par plusieurs associations de défense de l’environnement présentes autour du site de Sainte-Soline. La commune a d’ailleurs été le théâtre de nombreuses tensions ces dernières années autour de l’impact des mégabassines sur l’écosystème local, allant parfois jusqu’à l’affrontement entre militants et forces de l’ordre. « Les bassines, c’est mettre un pansement sur un modèle en fin de vie« , estime Anne-Morwenn Pastier, co-porte-parole du collectif « Bassines non merci 86 ». « Nous, on dit que ce modèle, il faut le changer dès maintenant, au lieu d’artificialiser des centaines d’hectares de terres agricoles. » Et ce, « même quand la bassine est déjà construite« , soutient-elle.

De leur côté, les agriculteurs de Sainte-Soline espèrent, eux, obtenir une dérogation pour pouvoir remplir leur bassine dès l’hiver prochain. 

T.A. | Reportage : Kévin GAIGNOUX et Julien ERRARD

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