• Le Pilates, pratiqué par de nombreuses femmes, devient un symbole dans la manosphère.
  • La « Pilates Girl » est associée, dans la tête des masculinistes, à une image idéalisée de la femme mince, blanche, aisée et soumise.
  • Cette vision soulève des questions sur les stéréotypes et la misogynie moderne.

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Avec Elles

Si vous avez regardé la dernière saison de Love is Blind, émission de dating à succès de Netflix, vous avez sûrement entendu Chris Fusco, cadre commercial de 33 ans, expliquer à Jessica Barrett, médecin de 38 ans spécialisée dans les maladies infectieuses, pourquoi ça ne marcherait pas entre eux (nouvelle fenêtre). Il évoque un manque d’attirance physique, mais souligne surtout que son type de femme fait « du Pilates tous les jours« . Cette histoire n’a rien d’une anecdote ; au contraire, elle est symptomatique d’une misogynie moderne et illustre le discours d’une partie de la manosphère.

Depuis plusieurs années, le Pilates a gagné en popularité. Les salles ouvrent à chaque coin de rue et certains studios proposent des méthodes alternatives au Pilates traditionnel, comme le Reformer (nouvelle fenêtre), le Lagree ou le body sculpt, des disciplines évidemment plus chères qu’un cours classique. Sur les réseaux sociaux, on ne compte plus les influenceuses fitness qui ne jurent que par cette pratique pour sculpter leur silhouette. La « Pilates girl » représente, dans l’imaginaire collectif, la femme « healthy », athlétique, qui prend soin de son corps et de son alimentation. C’est aussi une figure centrale dans l’imaginaire des « mascus ».

Récemment, le créateur de contenu Christian Bonnier a publié une vidéo sur Instagram (visionnée plus d’un million de fois) dans laquelle il dit : « Si ta copine fait du Pilates… Épouse-la immédiatement« . Selon lui, une femme qui fait du Pilates « reste probablement chez elle les week-ends pour se lever tôt« . Lorsqu’elle va à un cours, elle « reviendra de bonne humeur […] parce qu’aucun type louche ne l’a draguée« . En gros : elle est sportive, mais pas bodybuildée, elle prend soin d’elle, mais sans trop se maquiller. Elle ne va pas à la salle où elle croise d’autres hommes et reste entre filles (même si des hommes font aussi du Pilates). Bingo pour les « mascus » et Christian Bonnier qui poursuit : « Je me suis rendu compte que chaque femme « mariable » va à un cours de Pilates ». Dans un autre post, il appelle même à faire « revenir au foyer les femmes qui pratiquent le Pilates« .

Pilates Girl, la nouvelle « Trad Wife » ?

Pour la professeure Mariel Barnes, spécialisée dans l’étude de la manosphère et interrogée par 19th News (nouvelle fenêtre), ce mouvement a une « conception rigide de ce que devrait être une femme« , à savoir une épouse soumise, au foyer, qui ne conteste pas le statut de l’homme en tant que soutien de famille et chef du foyer, tout en correspondant à une certaine esthétique. Pour elle, le stéréotype associé au Pilates est intrinsèquement lié à cette esthétique : « une femme mince, tonique et svelte, jeune, sans formes, avec un ventre plat et des abdominaux dessinés. On utilise le terme Pilates comme un euphémisme pour désigner ce type de femme« . Toujours dans le même média, Bryony Claire, créatrice de contenu qui analyse les tendances masculinistes sur sa chaîne, ajoute que « c’est devenu une sorte de système de tri pour définir les « femmes de valeur »« . Pour résumer, dans la tête des mascus, la Pilates Girl coche toutes les cases de la trad wife… 

Sabine BOUCHOUL

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