• Sur une île allemande de la Baltique, un des plus imposants vestiges architecturaux des nazis se mue en complexe touristique.
  • Des citadins aisés viennent maintenant y passer leurs vacances là où Adolf Hitler voulait faire endoctriner les masses populaires.
  • Visite guidée avec le JT de TF1.

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Le 13H

Pénétrer pour la première fois dans la cité balnéaire de Prora est une sensation étrange. L’impression d’arriver en ville, bien loin de la mer. Et pourtant, juste derrière les barres d’immeubles se trouve une des plus belles plages de la Baltique, sur l’île de Rügen, à l’extrême nord de l’Allemagne. Mais face à la mer, un colosse en béton de 4,5 km de long impose sa silhouette, celle de l’architecture monumentale des années 30, avec huit blocs de 500 mètres chacun. Aujourd’hui en pleine réhabilitation, à coups de pelleteuse, le colosse retrouve peu à peu son incroyable destin. 

C’était une cité prévue pour accueillir 20.000 jeunes Allemands. Ils devaient venir ici passer des vacances.

Jan Seidler, responsable au centre de documentation

Dans le petit musée un peu décrépit, nous remontons l’histoire jusqu’en 1936. « C’était une cité prévue pour accueillir 20.000 jeunes Allemands. Ils devaient venir ici passer des vacances », explique le responsable Jan Seidler, dans le reportage ci-dessus. Le projet a un nom : « La Force par la joie », une volonté de Hitler. Il lance la construction d’une cité balnéaire géante. Sa volonté, offrir un lieu de vacances bon marché aux classes populaires méritantes, mais aussi en faire un outil de propagande de l’idéologie nazie. Vaste programme, où tout était prévu : un gymnase, un théâtre, un restaurant et 10.000 chambres de 10 m2.

Mais le projet a calé au début de la guerre en 1939. La cité est presque achevée, mais finies les vacances. L’idée est abandonnée et l’endroit interdit au public. Il va servir de caserne militaire pour les soldats allemands. Après la guerre, ce sera un centre de détention, un des plus redoutés d’Allemagne de l’Est. Trop grand, trop coûteux, après la chute du mur, la cité est laissée à l’abandon durant près de 15 ans. Ici, tout est clôturé, rouillé, mais on s’y promène, comme dans un livre d’histoire. « C’est incroyable, c’est l’Histoire, de vrais morceaux d’histoire », lance un visiteur. 

Près de la plage, le décor est photogénique et attire les touristes. « Nous, on vient de l’ancienne Allemagne de l’Est et c’est spécial pour nous », admet un couple. Surtout autour du dernier bloc. Il attend sa réhabilitation prochaine, mais les dernières traces des logements, les carreaux cassés ou les barreaux de l’ancienne prison est-allemande ne laissent pas indifférents. « Ce que je ressens au plus profond de moi, c’est que non, ce n’est pas une visite joyeuse ou d’agrément. C’est dérangeant. C’est triste, je pourrais pleurer », souligne une retraitée. 

Depuis 15 ans, le colosse change de visage. Son destin s’écrit désormais à coups de peintures blanches, de balcons, de terrasses et d’argent. « On sent que les investisseurs ont fait de bonnes affaires ici », indique un promeneur. Et en effet, achetés en ruines pour une bouchée de pain, des milliers d’appartements ont été rénovés et sont vendus en moyenne 8.000 euros le m². Véronika Hoffman est agent immobilier. Elle gère 120 appartements en location et nous sommes parfois assez loin de l’appartement de plage pour classe populaire. Celui qu’elle montre par exemple devant la caméra de TF1 fait 140 m² et possède trois chambres, pour 500 euros par jour. Alors bien sûr, il y a moins cher, mais quel que soit le prix, il y a une petite frustration. « Ce n’est pas vu sur mer, mais près de la mer. Vous la voyez à travers les arbres », précise Véronika. 

En revanche, on comprend mieux pourquoi les investisseurs se sont précipités. « Si vous achetez ici, vous défiscalisez tout parce que c’est de l’ancien rénové », indique-t-elle. Une seule condition, le louer pendant 10 ans. Mais ça tombe bien, les vacanciers sont de retour. « Ça prouve qu’avec de vieilles choses, on peut faire du neuf au profit des citoyens et en profiter », se réjouit une touriste. Et voilà comment 90 ans après, la cité balnéaire renoue avec sa vocation première, être sur la Baltique un des lieux de villégiature préférés des Allemands.

Virginie FAUROUX | Reportage : Matthieu DUPONT

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