La revue des revues. De Donald Trump aux résurgences néonazies en Europe, le suprémacisme blanc revient en force, « excitant les paniques migratoires, la violence et l’exclusion », constatent les chercheurs du numéro d’hiver de la revue politique et culturelle Multitudes. Intitulé « Trahir la blanchité », le dossier principal du trimestriel explore cette notion de « blanchité » décrite par le penseur américain William Edward Burghardt Du Bois (1868-1963) au début du XXe siècle. Discutée depuis trente ans dans le monde anglo-saxon, elle a peu été mise en lumière en France.
La blanchité se définit par « les différents visages de la domination blanche » et se ramifie aujourd’hui dans « le racisme systémique et ses apartheids sociaux ». Pour les philosophes Emma Bigé, Léna Dormeau et Yves Citton, qui dirigent le dossier, étudier ce concept permet notamment de mieux saisir la problématique du racisme.
« Tout au long du XXe siècle, des hommes politiques blancs ont parlé du “problème noir” (aujourd’hui réactualisé en “problème migrant”, ou en “problème latino” aux Etats-Unis) alors que le racisme et ses conséquences sont d’abord un problème blanc. (…) Les problèmes relatifs aux discriminations raciales sont historiquement des problèmes générés par une “ethno-classe bourgeoise blanche” », écrivent-ils dans leur article « Comprendre et trahir. Huit raisons de mettre en cause les blanchités ».
Crainte intérieure
En France, la montée du suprémacisme blanc se traduit notamment par l’essor électoral des partis politiques comme le Rassemblement national, la prolifération des groupuscules identitaires, les récits alarmistes impulsés par l’extrême droite dans les médias, expliquent le sociologue et politiste Félicien Faury, auteur de l’ouvrage Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite (Seuil, 2024), et Léna Dormeau. Dans un dialogue, ils interrogent les dynamiques affectives qui permettent à la domination blanche de se structurer. Par exemple, chez les électeurs du parti présidé par Jordan Bardella, la peur d’un « devenir minoritaire possible » n’est pas un simple état d’âme, relève la chercheuse, mais « la source intarissable de multiples gestes de rejet et de désirs de domination ».
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