Depuis deux ans, les consultations pour un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez l’adulte ne cessent d’augmenter. Les délais d’attente s’allongent, les demandes d’évaluation explosent. En cinq ans, les prescriptions de psychostimulants ont augmenté de 154 %. Sur les réseaux sociaux, le mot-clé « TDAH » cumule des millions de vues.
Pour certains observateurs, le doute s’installe. Assistons-nous à une épidémie diagnostique ? A une médicalisation excessive des difficultés ordinaires de concentration ? Ou, à l’inverse, à la levée d’un angle mort historique de la psychiatrie ?
Le TDAH n’est pas un trouble nouveau. Décrit depuis le début du XXᵉ siècle et présent chez environ 5 % à 6 % des enfants et adolescents, il a longtemps été considéré comme inexistant à l’âge adulte. Les études épidémiologiques ont depuis montré qu’il persiste après 18 ans dans près d’un cas sur deux. En France, cela représente plus de 1 million de personnes concernées.
Un tournant récent atteste de ce changement de paradigme. Depuis 2022, plusieurs spécialités à base de méthylphénidate ont obtenu une extension d’indication et peuvent être prescrites pour le TDAH de l’adulte. Cette évolution réglementaire a marqué une étape importante dans la reconnaissance et la prise en charge du trouble chez les majeurs. Il convient d’ailleurs de rappeler que la France demeure l’un des pays européens qui prescrit le moins de psychostimulants, avec des taux nettement inférieurs à ceux observés en Amérique du Nord ou dans la plupart des pays d’Europe.
Rôle révélateur du Covid-19
Pourquoi alors cette impression de flambée récente ?
La pandémie de Covid-19 a joué un rôle révélateur. Le télétravail massif, la désorganisation des rythmes et l’autonomie accrue dans la gestion du temps ont fragilisé des adultes qui, jusque-là, régulaient leurs difficultés attentionnelles grâce à des environnements très structurés. Privés de cadres externes, certains ont vu émerger progressivement une forme de désorganisation, et un épuisement lié à des stratégies de compensation.
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