Durant l’automne 2025, dans une indifférence médiatique et politique assourdissante, la septième des neuf limites planétaires identifiées par la communauté scientifique a été franchie. Ces déstabilisations terrestres, conséquences d’un modèle de développement porté historiquement par les pays les plus riches, fondé sur l’extraction, l’accumulation et un consumérisme sans limite, nous placent au bord de l’abîme. Le risque pour nos sociétés prend désormais un caractère existentiel.
Cependant, face à ce péril, l’inertie politique demeure, car nous persistons à ignorer les effets non linéaires propres aux systèmes complexes. Nous imaginons ainsi à tort la dégradation du système Terre comme une suite d’aggravations marginales auxquelles il suffirait de s’adapter. Mais ce n’est pas ce que démontrent chaque jour un peu plus les scientifiques du monde entier : la menace de changements brutaux et catastrophiques est bel et bien là. La négation ou la minimisation de ce constat relèvent d’illusions aux conséquences funestes.
Seuil critique
Pour autant, la résignation est inenvisageable. Nous disposons encore de leviers pour bâtir un monde soutenable et notre conviction profonde est qu’au fondement de tout ce que nous avons à entreprendre se trouve la connaissance.
Que cela soit pour caractériser et comprendre les problématiques, concevoir des scénarios d’adaptation, définir une planification écologique ou permettre l’émancipation de chacun et chacune dans un monde voué à changer radicalement, la production et la diffusion de connaissances nouvelles sont et seront indispensables. Dès lors, sans un renforcement massif et rapide du système éducatif et de la recherche scientifique, aucun avenir viable ne pourra être construit.
Or, depuis des décennies, la France se désengage de l’enseignement supérieur et de la recherche et tout particulièrement des universités. Si la résilience de nos services publics et l’abnégation des personnels ont pu un temps compenser, la situation atteint maintenant un seuil critique. Depuis 2010, les universités ont dû accueillir 200 000 étudiants supplémentaires à moyens constants une fois corrigés de l’inflation.
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