En Iran, les tragédies se succèdent sans répit. Chaque nouvelle crise chasse la précédente, laissant la société épuisée, empêchée de panser ses blessures. Sous le joug d’un régime autoritaire aux abois, et coupés du reste du monde, les Iraniens semblent avoir perdu leur voix et leur visage. Ce reportage, réalisé à Téhéran, ouvre une rare fenêtre sur cette mégapole de 14 millions d’habitants, maintenue dans l’obscurité médiatique. Ces images témoignent de la vie quotidienne et des secousses d’une guerre qui bouleverse jusqu’aux gestes les plus ordinaires.
Depuis le début des frappes israélo-américaines, le 28 février, les échanges entre les Iraniens restés au pays et leurs proches à l’étranger se sont encore taris. Le régime a instauré un huis clos numérique : 99 % des utilisateurs sont désormais privés d’accès à Internet. Quelques visas, délivrés au compte-gouttes, sont encore accordés à la presse internationale. Les photographes iraniens, eux, travaillent sous étroite surveillance.
D’autres, dépourvus d’accréditation, choisissent la clandestinité – au risque de leur liberté, parfois de leur vie. Le photographe dont nous publions aujourd’hui les images appartient à cette dernière catégorie. Pour sa sécurité, il a souhaité garder l’anonymat.
Une société plus fracturée que jamais
Pour transmettre ses photos, il doit se faufiler à travers les mailles de la censure, en contournant Internet par des VPN devenus hors de prix. Un gigaoctet – l’équivalent d’une cinquantaine de vidéos sur Instagram – coûte près de 1 million de tomans (environ 6 euros), soit presque un vingtième du salaire minimum. Pour la majorité des Iraniens, cette somme rend toute connexion impossible.
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