David Le Breton, à Strasbourg, en juin 2024.

Professeur de sociologie et d’anthropologie à l’université de Strasbourg, David Le Breton est spécialiste des représentations du corps, auteur notamment de l’ouvrage Des visages (Métailié, 2022). Le chercheur questionne le visage, ce qu’il dit de nous, ainsi que son poids dans nos relations sociales.

Qu’est-ce qui mène un sociologue à consacrer ses recherches au visage ?

Le visage permet la reconnaissance mutuelle. Grâce à lui, nous sommes reconnus et nommés. Il dit notre sexe, notre âge, notre couleur de peau, nos intentions – en particulier de séduction. Le visage est la partie du corps la plus distinctive de l’être humain, malgré un vocabulaire très limité : un nez, deux yeux, des sourcils, un menton… Il est aussi fondateur de notre rapport à l’autre, notamment dans notre capacité à soutenir les regards. A commencer par le nôtre face au miroir.

Le miroir s’est démocratisé au XVIIIᵉ siècle avant l’avènement de la photographie au XIXᵉ siècle. Quels changements ces nouveautés ont-elles provoqués dans le rapport des humains à leur visage ?

De l’étonnement ! Auparavant, on se voyait dans l’eau ou dans certaines formes de métal. Le miroir est un révélateur de soi. On s’y regarde avec effroi ou émotion au fil des jours. Le portrait, dans la peinture de la Renaissance, signe l’invention du visage comme un élément fondateur de notre identité. Ce sont là les balbutiements de l’individualisme occidental, car, à cette époque, le portrait n’est accessible qu’aux notables. Plus tard, les photographes ambulants sidèrent les paysans en révélant leur apparence. Aujourd’hui, les selfies donnent à voir la multiplicité des visages dans un monde hyperindividualisé.

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