Deux policiers de l’office anti-stupéfiant de Marseille ont été placés en garde à vue ce lundi 31 mars.
Au cœur des investigations : la disparition en 2023 à Fos-sur-Mer d’une cargaison de 350 kg de cocaïne d’une valeur totale à la revente de 21 millions d’euros.
A-t-elle été détournée ou utilisée à des fins de corruption ?
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Le 20H
Depuis plus de 24 heures maintenant, les méthodes de travail de deux policiers de l’office anti-stupéfiant de Marseille sont disséquées au fil des interrogatoires. Ont-ils dérobé 350 kilos de cocaïne ? C’est ce que cherche à comprendre la police des polices.
L’affaire, digne d’un polar, démarre dans la jungle colombienne. Les policiers français reçoivent un tuyau d’un indic. Les 350 kilos de cocaïne doivent partir à bord d’un cargo vers le port de Fos-sur-Mer. La marchandise semble intéresser l’un des plus gros et redoutés trafiquants de drogue marseillais, un caïd des quartiers nord surnommé Mimo.
Ont-ils menti à leur hiérarchie ?
Les juges demandent alors aux policiers de discrètement suivre la marchandise. Une livraison surveillée, habituelle, d’après le journaliste spécialisé Frédéric Ploquin, mais parfois risquée. « Ça consiste à faire venir 100, 200 kilos, par exemple, de cocaïne à un endroit précis et de regarder qui va venir le chercher, qui va le commercialiser, pour ensuite interpeller les gens. La difficulté, c’est de surveiller, de suivre, minute après minute, cette marchandise pour ne pas qu’elle vous échappe », explique-t-il dans le reportage ci-dessus.
Le conteneur arrive au port, comme prévu, sous l’œil de policiers marseillais. D’après eux, elle est ensuite acheminée par camion vers un fourgon utilitaire. Mais curieusement, pendant des semaines entières, aucun dealer ne vient récupérer la cocaïne dans la camionnette. Son coffre est en fait vide. La cocaïne a disparu, ni vue, ni connue. Valeur totale à la revente : 21 millions d’euros. Ces deux policiers anti-stup, qui sont présumés innocents, ont-ils menti à leur hiérarchie en laissant filer volontairement le conteneur rempli de poudre blanche ? Ou bien ont-ils été bernés par leur indicateur ?
L’enquête reste aujourd’hui encore remplie de zones d’ombre. « La plupart des policiers qui basculent, qui franchissent la ligne rouge, le font parce qu’ils traitent des tontons, comme on les appelle, c’est-à-dire des indics et que ces informateurs s’avèrent, au bout du compte, plus forts qu’eux », précise Frédéric Ploquin.
La police des polices soupçonne aussi ces deux fonctionnaires d’avoir fait appel à un serrurier pour dérober plus de 400.000 euros dans l’appartement d’un trafiquant. Leur garde à vue peut durer quatre jours au total.