Quatre Français sur dix ont déjà fouillé dans le téléphone de leur conjoint.
D’autres préfèrent donner directement accès au smartphone à leur partenaire.
Un geste qui peut paraître anodin, mais qui est loin de l’être.
Comme quatre Français sur dix, vous avez déjà peut-être pris le téléphone de votre partenaire de vie pour fouiller à l’intérieur sans son consentement. C’est le résultat d’une étude menée par l’Ifop pour le Journal du geek en 2023. Cette tendance porte un nom : le snooping. Et les choses vont de mal en pis puisque la pratique touchait une personne sur deux de moins de 25 interrogées lorsque l’enquête a été menée. La nouvelle génération a conscience du phénomène et préfère anticiper en autorisant son conjoint à s’immiscer dans sa vie privée et en lui laissant prendre, à loisir, son téléphone.
Quelle place pour l’intimité ?
Qui dit autorisation, ne dit pas nécessairement bonne chose. Interrogée par le site Psychologies, la psychologue clinicienne Claire Petin rappelle que « l’amour n’efface pas les limites individuelles ». Et d’ajouter : « Ce n’est pas un manque de confiance que de vouloir poser des limites claires et préserver un espace à soi : c’est un signe de maturité affective. » D’autant que la loi vous protège en cas d’emprise. Ainsi, l’article 226-15 du code pénal dispose que « le fait, commis de mauvaise foi, d’ouvrir, de supprimer, de retarder ou de détourner des correspondances arrivées ou non à destination et adressées à des tiers, ou d’en prendre frauduleusement connaissance, est puni d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende ». Pire encore, lorsque cet acte est commis par « le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité« , alors la peine est plus lourde, à savoir deux ans d’emprisonnement et 60.000 euros d’amende.
Le code pénal ne laisse donc aucune place pour le contrôle au sein de la relation. Pour la confiance, il faudra trouver autre chose. Chacun doit donc faire « le choix d’une relation fondée sur la confiance et la communication, non sur la transparence à tout prix ou la surveillance », enjoint Claire Petin.
Une frontière parfois mince entre confiance et soumission
Pour autant, il est possible que vous autorisiez votre partenaire à braver l’interdit. Dès lors, il n’est désormais plus proscrit. Concrètement, voici comment on pourrait présenter la chose : vous faites confiance à votre conjoint, il possède désormais votre mot de passe de téléphone. Il peut donc, à sa guise, le fouiller et ainsi être sûr de pouvoir garder sa confiance en vous. « Ce geste est souvent présenté comme une preuve de confiance absolue », résume la psychologue clinicienne. Vous commencez à voir où est le problème ?
Si l’on doit tout autoriser à l’autre pour être certain de pouvoir garder sa confiance, cela ne signifie-t-il pas déjà qu’on l’a perdue ? D’autant que certains, sans que l’autre ait strictement rien demandé, donnent leurs codes de smartphone à leur partenaire. « Une réciprocité implicite est attendue, ce qui peut créer une pression considérable sur l’autre », regrette l’experte. Ainsi, chacun peut faire ce que bon lui semble. Mais elle prévient : « Ce n’est pas parce qu’un accès est proposé qu’il doit devenir une norme au sein du couple. La réciprocité n’est ni obligatoire, ni automatique ! » Si vous vous sentez donc pressé d’accepter le deal, fuyez ! L’emprise n’est jamais très loin…