Si Washington applique bel et bien la nouvelle salve de droits de douane annoncée mercredi, celle-ci sera « extrêmement perturbante pour la France et l’Europe », a estimé jeudi sur LCI Patrick Martin.
Il craint en particulier des « suppressions d’emploi » dans certains secteurs et certaines régions.
Mais il salue le « front » uni d’ores et déjà affiché par l’UE, et a bon espoir que les Européens soient capables de faire reculer Donald Trump.
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Le second mandat de Donald Trump
Des postes français sur la sellette. Le président du Medef Patrick Martin a estimé jeudi 3 avril sur LCI que « des centaines de milliers d’emplois » étaient potentiellement menacés en France par les mesures douanières annoncées par Donald Trump la veille (nouvelle fenêtre). Pour autant, il espère que le président américain sera « dissuadé » de les mettre en œuvre, et salue l’unité européenne qui prend déjà forme, faisant « front » face à l’offensive de Washington.
Depuis la Maison Blanche, Donald Trump a dévoilé mercredi une hausse massive des droits de douanes visant de nombreux pays à travers le monde, et notamment l’UE. Il a indiqué imposer des droits de douane additionnels de 20% sur les produits européens. À l’échelle de la France, les exportations vers les États-Unis représentent « 1,5% du PIB » (produit intérieur brut français), soit « des centaines de milliers d’emplois menacés, de la désarticulation de chaînes entières, par exemple dans l’aéronautique ou dans l’automobile », a déroulé Patrick Martin.
L’UE « très déterminée à tenir tête »
Il s’est inquiété en particulier de potentielles « suppressions d’emploi », qui risquent d’être « sectoriellement et géographiquement très concentrées (nouvelle fenêtre)« , a-t-il mis en garde, citant « 70.000 emplois » à risque dans la région de Cognac.
« Ces mesures, si elles sont mises en œuvre, seront extrêmement perturbantes pour la France et l’Europe et exigeront de notre part des réactions fortes », a encore estimé le patron des patrons, après avoir participé à une réunion à l’Élysée en présence du président Emmanuel Macron, de plusieurs ministres et de représentants des filières les plus concernées. Face à cette menace, « il faut être à la fois très ferme, le signifier, et en même temps être très pragmatique », a-t-il ainsi préconisé.
Lors de cette réunion au palais présidentiel, le chef de l’État avait annoncé une « riposte » européenne en deux temps (nouvelle fenêtre) : d’abord mi-avril, en réponse à des droits de douane déjà en vigueur sur l’acier et l’aluminium, puis à la fin du mois, en lien avec les annonces de mercredi. « Cela peut surprendre, mais il faut véritablement cibler ces mesures, (…) pour dissuader autant que possible l’administration Trump de mettre en œuvre toutes les mesures douanières brutales et violentes qu’elle a annoncées, les faire réfléchir », a estimé le président du Medef. « Je sens que l’Europe est très déterminée à tenir tête, mais ne s’affole pas », a-t-il encore salué.
Washington « n’arrivera pas » à fissurer l’unité européenne
Quant aux mesures concrètes à mettre en place, il faut des « réponses défensives », a-t-il plaidé, en établissant « un rapport de force, et autant que possible ramener à la raison le président Trump (nouvelle fenêtre)« . Mais aussi des « mesures offensives », pour « enfin se remettre à niveau en Europe, et en France, sur le plan de la simplification, de la compétitivité », a ajouté Patrick Martin. Il a par ailleurs appelé à « ne plus s’interdire de commercer avec d’autres zones du monde », comme en « Amérique latine, Indonésie ou Philippines », a-t-il ajouté. Sinon, on risque « d’avoir tout perdu ».
Et l’UE a pris la mesure de l’urgence et s’affiche unie, selon lui. Il s’est montré un peu rassuré par « la grande convergence sur l’analyse de la situation entre toutes les branches, d’un pays à l’autre, d’un patronat à l’autre », qu’il constate, misant sur la solidarité entre la France et l’Allemagne. Il a également indiqué avoir téléphoné à ses homologues allemand, italien et hollandais. « On est tous alignés sur la nécessité de faire front et d’agir en commun. Les Américains vont immanquablement essayer de fracturer ce front européen, mon pronostic est qu’ils n’y arriveront pas », a-t-il lancé, pariant qu’ils seraient en fin de compte « l’arroseur arrosé ».
Patrick Martin a même estimé que dans la riposte européenne, « nos meilleurs alliés sont les Américains eux-mêmes ». Soulignant le risque d’inflation dans le pays, il a aussi évoqué la baisse des marchés financiers aux États-Unis, qui peut représenter « des dizaines de milliards de dollars que les épargnants américains perdent ». Les investisseurs présentent une « forme de méfiance ou d’inquiétude quant à la performance des États-Unis », a-t-il estimé. Tandis que l’opinion américaine est quant à elle« en train de basculer, dans le sens inverse » de la ligne de l’administration actuelle, a aussi assuré le président du Medef.