Depuis l’annonce de droits de douane additionnels de la part des États-Unis, un vent de panique a soufflé sur les marchés financiers.
De nombreuses capitales ont aussi exprimé leur préoccupation.
Mais Donald Trump a une nouvelle fois évacué ces secousses vendredi, refusant d’infléchir sa position… même si des négociations commencent en coulisses.

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Le second mandat de Donald Trump

En 48 heures à peine, les marchés financiers ont connu la débâcle, les pays du monde entier ont fait part de leur choc, mais Donald Trump, lui, semble bien rester indifférent. Le président américain a assuré vendredi 4 avril qu’il ne changerait « jamais » sa politique, malgré les réactions indignées suscitées par les nouveaux droits de douane qu’il a annoncés mercredi (nouvelle fenêtre). Et est allé jusqu’à railler la riposte de la Chine, qui cède selon lui à la « panique »

Dès samedi, la plupart des produits entrant aux États-Unis, quelle que soit leur origine, se verront imposer un droit de douane plancher de 10%, qui s’additionnera avec les taxes douanières qui existaient au préalable. Puis, le 9 avril, la facture deviendra encore plus lourde pour les pays qui exportent plus qu’ils n’importent de produits américains, avec notamment +54% au total pour la Chine ou encore +20% pour l’Union européenne (UE) (nouvelle fenêtre)

« Un bon moment pour devenir riche », selon Trump

Cette salve de tarifs douaniers américains a déclenché une onde de choc au niveau mondial (nouvelle fenêtre), d’autant qu’elle arrive après d’autres, plus ciblées : +25% sur l’acier et l’aluminium, mais aussi, depuis jeudi, +25% sur les voitures importées aux États-Unis. Mais malgré les protestations, Donald Trump semble maintenir son cap. « Sachez que je ne changerai jamais de politique. C’est un bon moment pour devenir riche, plus riche que jamais ! », a écrit le président américain en lettres majuscules sur son réseau Truth Social.

Il n’a pas paru s’émouvoir non plus de la riposte chinoise, particulièrement brutale : Pékin a annoncé des droits de douane supplémentaires de 34% sur les produits américains dès le 10 avril, « en plus du taux des droits de douane actuellement applicables ». « La Chine a mal joué le coup, ils ont paniqué – la seule chose qu’ils ne peuvent pas se permettre de faire », a seulement réagi le président américain sur sa plateforme Truth Social, à nouveau en lettres majuscules, avant de se rendre à son club de golf en Floride.

Face à la réplique de la Chine et l’apparente inflexibilité de Donald Trump, laissant craindre une escalade dans les tensions commerciales entre les deux premières puissances économiques du globe, les marchés financiers ont continué de s’enfoncer (nouvelle fenêtre) vendredi. Les séances en Asie et en Europe se sont finies en débâcle : -4,26% à Paris, -4,95% à Londres, -2,75% à Tokyo. Les places chinoises étaient quant à elle fermées en raison d’un jour férié. Par ailleurs, les cours du pétrole ont encore dégringolé d’environ 7%, et le cuivre suivait le même mouvement.

La crainte d’une inflation à la hausse et d’emplois menacés aux États-Unis

Et aux États-Unis, la Bourse de New York a aussi dévissé : Wall Street a chuté vendredi de près de 6% à la clôture, pour la deuxième séance consécutive. Le Dow Jones a perdu 5,50%, l’indice Nasdaq a fondu de 5,82% et l’indice élargi S&P 500 a lâché 5,97%, sa pire séance en Bourse depuis la crise du Covid-19 en 2020. La chute s’était encore amplifiée après la prise de parole très attendue du président de la Réserve fédérale (Fed), Jerome Powell, qui s’est exprimé ce vendredi pour la première fois depuis les annonces de mercredi. 

Le chef de l’institution monétaire a en effet brossé un tableau plutôt sombre des perspectives pour l’économie américaine, avec ces taxes sur les produits importés « significativement plus étendues qu’anticipé ». Elles auront des « conséquences économiques » qui vont « probablement l’être aussi », s’est-il inquiété, redoutant en particulier « une plus forte inflation et une croissance ralentie » (nouvelle fenêtre), mais aussi un « risque accru pour l’emploi »

Taxes Trump : les USA ont-ils plus à y perdre qu’à y gagner ? Source : JT 20h WE

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Donald Trump, qui semble faire fi de toutes ces alertes sur l’économie américaine, avait exhorté quelques minutes plus tôt Jerome Powell à baisser les taux d’intérêt, sur sa plateforme Truth Social. Il estimait que c’était le moment « parfait » pour le faire, grâce aux progrès observés sur certains prix (pétrole, œufs) depuis son retour au pouvoir en janvier. « Il est trop tôt pour dire quelle est la politique monétaire appropriée », a rétorqué le président de la Fed, une façon de dire qu’il n’entendait pas faire bouger les taux dans ce contexte.

De négociations commencent malgré tout à s’engager

Enfin, malgré la détermination affichée par Donald Trump à maintenir ses décisions, des premières négociations pour alléger le poids des nouveaux droits de douane ont tout de même eu lieu en coulisses. Il a révélé avoir eu une « discussion très productive » sur les taxes douanières avec le plus haut dirigeant vietnamien, le secrétaire général du Parti communiste To Lam, affirmant que Hanoï était prêt à réduire à « zéro » ses taxes sur les produits américains. 

« Je lui ai dit attendre avec impatience une rencontre dans un futur proche », a ajouté le président américain sur Truth Social, semblant laisser une porte ouverte. Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, s’est lui entretenu avec ses homologues américains vendredi. Il a rapporté à l’issue que l’UE s’était « engagée à mener des négociations sérieuses (nouvelle fenêtre) » tout en étant « prête à défendre ses intérêts »

Mais reste à savoir à quoi aboutiront concrètement ces discussions, sachant la tendance de Donald Trump aux voltefaces, et si tous les pays auront la possibilité de les initier. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a fait part ce vendredi de son « inquiétude », qui se porte surtout « sur les pays les plus vulnérables, qui sont les moins armés pour faire face à la situation actuelle », selon son porte-parole Stéphane Dujarric. 

M.L. avec AFP

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