Le président de la Conférence épiscopale espagnole, Luis Argüello, lors d’une conférence de presse, à Madrid, en Espagne, le 30 mars 2026.

Le gouvernement du premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, et l’Eglise espagnole ont signé, lundi 30 mars, un accord « pionnier » pour indemniser les victimes d’agressions sexuelles commises par des religieux. Et ce, après des années de réticences et d’opacité de la hiérarchie ecclésiastique, et à deux mois de la visite du pape Léon XIV dans le pays.

Cet accord avait été conclu en janvier et concerne « les affaires qui sont prescrites ou lorsque l’auteur est décédé », a rappelé lors d’une conférence de presse le ministre de la justice, Félix Bolaños. A l’issue de la signature du document, le ministre a salué « une journée de justice » pour « ces milliers de victimes qui, à l’époque, ont subi des abus sexuels au sein de l’Eglise catholique et qui non seulement n’ont reçu aucun soutien, mais dont les paroles ont été mises en doute ».

Cet accord paraphé avec la Conférence épiscopale espagnole (CEE) est « pionnier dans le monde », a déclaré Félix Bolaños, car il établit « que l’Etat a le dernier mot et que l’Eglise doit verser les indemnisations qui correspondent à chaque victime ». Dans le détail, l’accord ne fixe pas de barèmes d’indemnisations : celles-ci seront décidées au cas par cas, dans le cadre d’une procédure à laquelle participeront le gouvernement, l’Eglise et le Défenseur du peuple espagnol, équivalent du Défenseur des droits français. A l’issue de cette consultation, c’est l’Etat qui tranchera.

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400 000 victimes mineures potentielles depuis 1940

« Même si, dans ce cas-là, nous parlons de faits prescrits ou de situations où les accusés sont décédés, l’Eglise veut reconnaître sa responsabilité », a expliqué, de son côté, Luis Argüello, le président des évêques espagnols réunis au sein de la CEE. Après des années de dénégation, l’Eglise catholique espagnole avait fini par accepter en 2022 d’enquêter sur les abus sexuels en son sein.

Le Défenseur du peuple espagnol avait estimé dans un rapport publié en 2023 que, depuis 1940, plus de 200 000 mineurs pourraient avoir subi des agressions sexuelles de la part de religieux catholiques, chiffre qui atteindrait 400 000 si l’on comptait les agressions commises par des laïcs dans des milieux religieux. L’Eglise avait, pour sa part, commandé un audit à un cabinet d’avocats qui avait recensé au moins 2 056 victimes.

Mais la CEE, qui a contesté à la fois le rapport du Défenseur du peuple et l’audit de ce cabinet, a publié son propre rapport, faisant état de 1 057 « cas enregistrés » dans ses différents diocèses, dont 358 « avérés » ou « vraisemblables ».

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Le Monde avec AFP

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