Chaque soir, Laurent Babelon passe près d’une heure à parcourir ses enclos équipés d’une clôture électrique et d’une caméra. L’éleveur de moutons est à la recherche de la moindre brèche par laquelle le loup pourrait s’introduire. « A la fin, on ne dort plus. Tous les matins, vous vous demandez combien de moutons auront été tués. » A Sarrey, village de 400 habitants de Haute-Marne, et dans tout le Bassigny – une zone d’élevage située à l’est du département –, la peur du loup est omniprésente.

Sur l’année écoulée, le troupeau de Laurent Babelon a été attaqué à quatre reprises : au total, le prédateur a tué 22 bêtes et en a blessé 35 sur les 150 que compte le cheptel du sexagénaire. « Quand le loup arrive à pénétrer dans un enclos, il frappe fort. Il consomme une ou deux bêtes, puis il tue pour le plaisir de chasser. » Le Bassigny a vu un premier mâle s’implanter sur le territoire fin 2024, il a rapidement été rejoint par une femelle. Sept louveteaux sont nés au printemps 2025. « Aujourd’hui, ils sont installés pour de bon », indique Vincent Montibert, chef du service de l’Office français de la biodiversité (OFB) de la Haute-Marne.

En 2025, 205 attaques ont été recensées dans le département, plus de 800 animaux ont été tués, contre une soixantaine en 2024. Le mois de janvier 2026 n’a offert aucun répit, puisque 86 moutons ont déjà été victimes du canidé. Une situation « hors de contrôle » pour Samuel Guenin, référent loup de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de la Haute-Marne. En quelques mois, ce département du Grand-Est s’est imposé en tête des zones les plus attaquées dans l’Hexagone. Dans le Bassigny, la figure du prédateur s’immisce jusque dans les repas de famille. « Tout le monde en parle. Mon petit-fils de 3 ans a demandé une épée à Noël. Il veut s’occuper du loup pour l’empêcher de tuer mes moutons », sourit Laurent Babelon.

Il vous reste 65.44% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Share.
Exit mobile version