
Sa gestion du conflit frontalier avec le Cambodge aura eu raison de son poste. La Cour constitutionnelle thaïlandaise a destitué, vendredi 29 août, la première ministre suspendue, Paetongtarn Shinawatra et son cabinet. Dans leur verdict, les neuf juges, qui avaient commencé à rendre leur décision vers 15 heures (10 heures à Paris), ont estimé qu’elle n’avait pas respecté les normes éthiques requises d’un premier ministre lors d’un appel téléphonique en juin avec l’ancien dirigeant cambodgien Hun Sen, qui avait fuité en ligne.
Paetongtarn Shinawatra a déclaré vendredi avoir essayé de faire de son mieux pour le pays. « Mes intentions étaient dans l’intérêt du pays, non pas pour mon profit personnel mais pour la vie des gens, y compris les civils et les soldats », a-t-elle déclaré à des journalistes après sa destitution.
Le vendredi 2 août, le père de Paetongtarn, Thaksin, avait été acquitté à l’issue de son procès pour crime de lèse-majesté. Le milliardaire et ancien premier ministre de 76 ans encourait pour ces faits jusqu’à quinze ans d’emprisonnement.
Paetongtarn Shinawatra devient la troisième membre de sa famille à quitter la tête du gouvernement après son père et sa tante Yingluck, tous deux renversés par des coups d’Etat militaires. La Cour constitutionnelle avait déjà destitué son prédécesseur Srettha Thavisin.
Paetongtarn Shinawatra a témoigné dans le cadre de son procès le 21 août, jour de son 39e anniversaire. Jiraporn Sindhuprai, une proche de Mme Paetongtarn, avait déclaré vendredi avant le verdict que celle-ci était dans « un bon état d’esprit ».
Cinq jours d’affrontement
Paetongtarn Shinawatra est accusée d’avoir enfreint les normes d’éthique exigées d’une cheffe du gouvernement, lors d’un appel avec le président du Sénat et homme fort du Cambodge, Hun Sen, proche ami de son père, Thaksin Shinawatra. Cet entretien, enregistré et diffusé à l’insu de la dirigeante thaïlandaise, avait eu lieu en juin alors que Bangkok et Phnom Penh étaient engagés dans un bras de fer depuis la mort d’un soldat cambodgien, à la fin de mai, à la suite d’un échange de tirs avec l’armée thaïlandaise dans une zone disputée de la frontière.
Les conservateurs du Bhumjaithai ont alors quitté la coalition formée avec son parti familial Pheu Thai, lui reprochant son ton trop révérencieux face à Hun Sen et d’avoir assimilé à un opposant un général thaïlandais chargé de surveiller une partie de la frontière.
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L’affaire a provoqué une crise politique et de nouvelles tensions entre la Thaïlande et le Cambodge. Cinq jours d’affrontements armés entre les deux voisins ont entraîné en juillet la mort de 40 personnes et provoqué la fuite de plus de 300 000 autres.
Paralysie politique
Depuis une vingtaine d’années, la politique thaïlandaise est marquée par une lutte entre le clan Shinawatra et l’élite conservatrice, qui considère le premier comme une menace pour l’ordre social traditionnel du royaume.
La destitution de Paetongtarn Shinawatra pourrait plonger le royaume dans une paralysie politique, aucun candidat naturel ou pressenti n’étant en mesure de prendre la relève au poste de premier ministre. Son parti, le Pheu Thai, gouverne avec une coalition fragile et instable au Parlement.
En vertu de la Constitution thaïlandaise, seuls ceux qui se sont officiellement présentés comme candidats au poste de premier ministre lors des dernières élections générales de 2023 sont éligibles.
Or, sur les neuf personnes initialement proposées par les principaux partis en 2023, quatre sont déjà inéligibles tandis que les candidatures éventuelles des cinq autres sont également contrariées pour diverses raisons.
L’organisation de nouvelles élections pourrait apparaître comme une solution, mais il n’est pas clair si l’actuel premier ministre par intérim, Phumtham Wechayachai, qui, jusqu’à présent, a refusé de spéculer sur une éventuelle destitution de Paetongtarn Shinawatra, peut convoquer les électeurs, ou si seul un premier ministre approuvé par le Parlement a le droit de le faire.