LETTRE DE KIEV

Plus l’on se rapproche de la ligne de front, et plus les différences sont marquées. Là-bas, dans ces zones bombardées, désertées par les civils et tenues par des soldats, les chiens n’ont plus tout à fait la même apparence. Ils sont jeunes, plus petits, plus vifs, se déplacent souvent en meutes. Des traits rappelant ceux de chiens sauvages, proches des loups, et qui semblent surtout favoriser leur survie.
C’est le constat d’une étude publiée au mois de décembre dans la revue scientifique Evolutionnary Applications, résultat d’un travail de recherche de plus de dix mois en Ukraine, entre 2023 et 2024. Elle s’appuie sur l’observation, dans neuf régions du pays, de 763 chiens errants, dont un certain nombre a été abandonné après le déclenchement de l’invasion, en raison des mouvements de population. Une recherche rare à l’échelle mondiale, pour documenter en temps réel l’impact d’une guerre sur une population animale et, plus largement, son environnement.
L’équipe, répartie entre l’Ukraine et la Pologne et dirigée par la zoologue ukrainienne Mariia Martsiv, de l’université Ivan Franko de Lviv, a divisé le pays en trois zones distinctes : sûres, bombardées et zones de guerre. Les chercheurs ont fait appel à des bénévoles, des vétérinaires et aussi à des refuges pour animaux afin de collecter le plus d’informations possible sur les chiens errants, via des photos, des échantillons de salive ou de poils : le poids, la taille, l’âge, l’apparence physique, mais aussi l’état de santé, la présence de blessures ou de maladies.
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