Comme le rappelle Robert Darnton dans sa tribune « La guerre entre Grokipedia et Wikipédia confirme que le savoir et le pouvoir sont inséparables », publiée dans Le Monde, l’histoire des encyclopédies est marquée par des conflits, autour de ce qui mérite d’être dit et par qui cela mérite de l’être. Le savoir est bien indissociable des rapports de pouvoir qui le produisent et le disputent. A cet égard, on peut entendre parler de Wikipédia et de Grokipedia comme d’une nouvelle « guerre des encyclopédies ».
Pourtant, assimiler l’espace en ligne détenu par Elon Musk à une encyclopédie relève finalement d’un malentendu profond sur la nature même des outils qui prétendent la générer. Les dispositifs d’intelligence artificielle générative, tels que Grok ou ChatGPT, ne produisent pas de connaissances. Ils ne construisent ni théories, ni concepts, ni preuves, ils ne s’inscrivent pas dans des démarches d’objectivation, et ils n’évaluent pas la validité des sources qu’ils mobilisent, les inscrivant toutes sur un même plan.
Ces outils ne font en réalité pas autre chose que générer du texte linguistiquement plausible, d’après des régularités statistiques apprises à partir d’immenses corpus. C’est précisément pour cette raison qu’on les appelle des modèles de langue, et non des modèles de connaissances.
Ils fonctionnent donc à rebours de Wikipédia, qui permet, en théorie, à chacun de participer à l’écriture, à la discussion et à la modération des contenus, indépendamment du statut économique, social ou culturel, avec une exigence particulière accordée aux sources et à la confrontation des points de vue.
Le vrai du faux
Cet espace, qui n’est pas pour autant exempt de biais, de rapports de force et d’asymétries de participation, repose sur un principe essentiel : le savoir est discutable, amendable et évolutif. De fait, les règles, les discussions et les choix des contributeurs y sont entièrement rendus visibles.
A l’inverse, les large language models (« grands modèles de langue ») ou LLM ne distinguent pas le vrai du faux et ils n’ont de toute façon pas à justifier leurs choix, ni à rendre compte de la véracité des textes qu’ils génèrent et des informations que ceux-ci contiennent.
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