- Florent Menegaux nous a accordé un entretien à l’occasion d’une visite du centre d’essais d’Alméria (Espagne), où les pneus « extrêmes » de Michelin sont mis à l’épreuve.
- L’occasion de se projeter sur les conséquences des conflits au Moyen-Orient et sur ce qu’il attend de la prochaine présidentielle, alors que l’environnement industriel français est en souffrance.
Ajoutez TF1info à vos sources sur Google
Depuis Almería (Andalousie), où Michelin a installé son centre d’essais pour soumettre aux conditions climatiques parmi les plus exigeantes d’Europe les pneus qu’il développe pour les avions, les engins miniers, les tracteurs ou les machines de chantier, le président du groupe, Florent Menegaux, a répondu à notre équipe. Celui qui dirige 17.000 personnes en France réparties sur 13 sites s’exprime sur un contexte industriel en tension et sur les perspectives à venir.
Concernant les pneus équipant les engins agricoles, vous dénoncez une concurrence déloyale de la part des pays asiatiques et surtout de l’Inde. Pourquoi ?
Aujourd’hui la réglementation fait que, pour exporter depuis l’Europe vers l’Inde, nous sommes soumis à des quotas d’importation en Inde, alors que notre concurrent indien, dans le secteur des pneus agricoles, peut exporter librement en Europe et en France. Nous ne sommes plus qu’à un quart des ventes que nous effectuions il y a dix ans.
Vous trouvez que l’Europe ou la France ne se défendent pas assez ?
L’Europe a conçu l’idée d’un marché européen uniquement en faveur du consommateur et on est en train de se rendre compte qu’il faut aussi préserver l’emploi, parce que sinon on ne pourra plus consommer s’il n’y a plus d’emploi.
Récemment, vous avez annoncé 1.500 suppressions de postes en France, et vous vous dites « anxieux » par rapport à la situation économique à court terme. Pourquoi ?
Nous vivons en ce moment une période très agitée, nous avons deux guerres intenses. Il ne s’agit pas d’un plan social, c’est un plan de départs volontaires qui s’échelonne sur trois ans, parce qu’on a eu tendance à faire un peu d’inflation en termes de nombre de personnes employées en France, et à un moment, on a besoin de rééquilibrer les choses. Donc, en « net » pour la France, il n’y aura probablement pas d’impact en effectif puisqu’au même moment, on continue d’y investir. Par exemple, on va augmenter nos fabrications de pneus d’avion dans l’usine de Bourges.
Concernant la compétitivité française, quel est, profondément, selon vous, le problème pour réussir à garder de l’emploi, créer de l’emploi, continuer à fabriquer des pneus ?
Il y a trop de réglementations, pas assez simples, pas assez efficaces dans leur utilisation. Les coûts salariaux se sont envolés, l’énergie reste encore chère. L’électricité, même si elle est décarbonée, ce qui est très bien en France, reste encore chère.
Alors qu’elle est moins chère qu’en Allemagne ou que dans d’autres pays, c’est encore trop cher ?
Elle l’est encore par rapport aux États-Unis ou à la Chine. Michelin se compare toujours dans un environnement mondial. Le coût de l’énergie est moindre en Espagne qu’il ne l’est en France. Donc ça, c’est anormal dans le fonctionnement de l’Europe.
Les pneus risquent de coûter plus cher après l’été
Les pneus risquent de coûter plus cher après l’été
Florent Ménégaux
Une dernière question sur la situation internationale : le détroit d’Ormuz, l’inflation…
Il y aura de l’inflation qui va arriver parce qu’il y a des capacités de raffinage de produits dérivés du pétrole qui ont été endommagées. Et une fois qu’on aura fini de consommer les stocks, on va arriver à certaines pénuries. Et quand il y aura des pénuries, Michelin continuera de s’approvisionner, mais s’approvisionnera plus cher.
Les pneus vont coûter plus cher ?
Ils risquent de coûter plus cher après l’été.
On vous entend de plus en plus sur la situation politique. L’an prochain, il y a une élection présidentielle, quel rôle vous voulez jouer ?
Avant de se poser les questions légitimes de la répartition de la richesse, il faut d’abord se préoccuper de comment on crée les conditions pour produire de la richesse. C’est ça le sujet, l’enjeu majeur. Et donc pour ça, il faut qu’on se parle de la compétitivité globale pour pouvoir se développer harmonieusement.

