• Et si l’un des déchets les plus emblématiques de la petite enfance devenait une ressource utile pour les sols agricoles ?
  • C’est le pari lancé par l’entreprise Les Petits Culottés qui a développé les premières couches compostables.
  • Leur utilisation est expérimentée depuis un an à la maternité de l’hôpital Lyon Sud.

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Initiatives environnementales

Voilà une couche bébé jetable qui ressemble en tous points à une couche classique : elle enveloppe le fessier, remonte sous le nombril et ses attaches sont symétriques. Mais à y regarder de plus près, elle a un atout, et pas des moindres, que cette dernière n’a pas : elle est compostable. Ses inventeurs, les fondateurs de l’entreprise « Les Petits Culottés », sont partis d’un constat très simple : chaque enfant utilise près de 5.000 couches, de sa naissance à ses 2 ans et demi, l’âge de la propreté. Ce qui représente environ 1 tonne de déchets, presque exclusivement incinérés ou enfouis. 

« Cela représente 8% des ordures ménagères. C’est la troisième catégorie de déchets en France en termes de volume, donc c’est colossal », indique à TF1info Johan Bonnet, co-fondateur des Petits Culottés. « Incinérés, ces déchets nécessitent de l’énergie pour être détruits ; enfouies, ces couches mettent jusqu’à 450 ans à se dégrader à cause du plastique qu’elles contiennent, avec des conséquences dévastatrices pour l’environnement », ajoute-t-il. 

« Réutilisées pour l’agriculture maraîchère »

Ces couches compostables représentent donc une solution prometteuse. Concrètement, « ce sont des couches qui ne changent rien à l’usage. Elles ont les mêmes propriétés en termes d’absorption, sauf que les matières qui les composent sont toutes d’origine naturelle permettant leur transformation en compost utilisable pour enrichir les sols agricoles. Il y a de la cellulose naturelle, issue du bois, et du PLA, un polymère biodégradable obtenu à partir d’amidon de maïs, de pommes de terre ou de betteraves », détaille Johan Bonnet. On savait que les bébés naissaient dans les choux, désormais, ils vont donc aussi contribuer à les faire pousser.

Encore fallait-il tester ces couches fertiles en conditions réelles, c’est chose faite depuis 2023, avec dix crèches municipales de Lyon qui expérimentent le compostage des couches. L’initiative a été étendue à une trentaine d’établissements en septembre 2024, et le bilan est probant : 200.000 couches ont été collectées, soit plus de 22 tonnes de déchets détournés des ordures ménagères. Fort de ce succès, les Hospices Civils de Lyon ont décidé d’adapter ce dispositif au milieu hospitalier. Ainsi, depuis mars 2025, la maternité de l’hôpital Lyon Sud, où naissent chaque année 2.000 bébés, sert également de terrain d’expérimentation. 

« Les couches fertiles sont collectées tous les jours au sein de la maternité, triées pour être certain qu’il n’y a que des couches compostables, et acheminées dans un centre de revalorisation, situé à 30 km de Lyon, qui va générer un compost de haute qualité en l’espace de trois à quatre mois. Il est ensuite réutilisé pour l’agriculture maraîchère notamment », explique Johan Bonnet, précisant qu’« en 2025, plus de 28 tonnes de couches ont ainsi été valorisées ».

L’expérimentation lyonnaise séduit aussi les parents qui découvrent qu’un geste aussi banal que changer une couche peut participer à un cycle vertueux. Reste maintenant à développer ce concept pour le plus grand nombre. Car ces couches sont plus chères à fabriquer. Un challenge que Les Petits Culottés espèrent relever, alors qu’ils accompagnent déjà plus de 800.000 parents depuis leur lancement en 2019, avec leurs couches éco-conçues, fabriquées en France, et vendues en circuit court par abonnement. 

« On a beaucoup travaillé avec Les Petits Culottés à avoir une couche saine, avec des matières d’origine naturelle, sans allergènes, mais ça restait un déchet ultime. L’objectif maintenant, c’est que nos couches soient pensées comme un matériau temporaire où ce qui était hier un déchet devient demain une ressource », conclut Johan Bonnet.

Virginie FAUROUX

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