Certains l’ont fait valoir pour échapper à l’usage des armes lors du service militaire. D’autres revendiquent aujourd’hui l’objection de conscience pour s’opposer à la mise en place des technologies d’intelligence artificielle (IA) générative dans les universités et les grandes écoles. En novembre 2025, un collectif d’universitaires toulousains, baptisé Atelier d’écologie politique, a publié un manifeste, signé par environ 2 800 enseignants et enseignants-chercheurs de toutes disciplines partout en France, pour marquer « un refus net » face à « un phénomène qui nous dépasse, mais dont nous savons qu’il est mortifère », acte le document.
« Le déploiement de l’IA générative [qui regroupe notamment les applications comme ChatGPT ou ses concurrents] dans les institutions de l’enseignement supérieur et de la recherche est incompatible avec les valeurs de rationalité et d’humanisme que nous sommes censés représenter et diffuser », écrit le collectif.
Trois arguments sont avancés, en premier lieu « le gouffre énergétique et matériel » qu’engendre l’installation massive de l’intelligence artificielle, liée à son impact sur l’accès à l’eau, aux métaux rares et à l’électricité. Elle est telle que « personne ne peut prétendre que l’IA générative soit compatible avec les grands engagements internationaux tels que l’accord de Paris sur le climat et, plus généralement, avec la protection du vivant ».
Viennent ensuite « les lourds dégâts sociaux associés à ce système qui se voient renforcés » comme le « travail du clic » des travailleurs précaires qui réalisent des tâches de production, d’annotation et de tri des données, derrière leur ordinateur.
Enfin, les signataires s’opposent à ce que des mégafirmes tels OpenAI et les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) accumulent « un pouvoir démiurgique », et ce, sans faire mystère de « leurs projets mégalomaniaques, eugénistes, et de leur détestation de la démocratie ».
« On s’autorise ce retrait pour s’organiser et discuter avec les étudiants lors de nos cours, explique Olivier Lefebvre, doctorant en sciences sociales à l’université Toulouse-Jean-Jaurès. Le point de départ a été notre sentiment de malaise face à la déferlante. Nous étions comme noyés sous l’injonction à utiliser l’IA, à s’y former ou à former soi-même des étudiants à cette technologie. Le tout comme allant de soi. »
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