Une armée européenne. Voilà la proposition formulée le 15 février à [la Conférence de] Munich [sur la sécurité] par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Cette initiative intervient dans un contexte marqué non seulement par le rapprochement américano-russe, mais aussi par les propos du secrétaire américain à la défense, Pete Hegseth, le 12 février [à Bruxelles], annonçant que désormais la sécurité de l’Europe devait être principalement assurée par les Européens. La proposition du chef d’Etat ukrainien fait le pari que seule une Europe dotée d’un instrument militaire efficace pourra peser sur les calculs de Trump et Poutine.

Est-ce une chimère ? L’idée d’armée européenne renvoie au souvenir de la Communauté européenne de défense, que la France a proposée en 1950 mais qu’elle a refusé de ratifier en 1954. Or, ce qui frappe, c’est que les principaux facteurs expliquant cet échec jouent aujourd’hui en sens inverse.

Dans les années 1950, l’épicentre du conflit n’était pas l’Ukraine, mais l’Allemagne. Face à la menace d’une invasion de l’Europe occidentale par les Soviétiques, les Etats-Unis conditionnaient leur soutien militaire au réarmement de l’Allemagne de l’Ouest. La France proposa alors de créer une armée européenne pour encadrer et contrôler ce réarmement.

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Mais dans un contexte marqué par les soulèvements anticoloniaux en Indochine et en Afrique du Nord, l’idée d’enfermer nos troupes dans une structure européenne intégrée devint vite impopulaire en France. Cette proposition était vue comme une entrave à la liberté d’action d’un pays qui se percevait encore comme une puissance mondiale. L’option de placer les troupes allemandes directement sous le contrôle de l’OTAN, alors que la présence militaire américaine en Europe était en pleine essor, apparut finalement moins contraignante.

Création d’un budget de défense

Si, en 1954, la France a préféré se reposer sur la présence américaine en Europe pour mieux préserver sa propre capacité d’intervention outre-mer, le contexte actuel est radicalement différent. Non seulement les Etats-Unis ne veulent plus jouer le rôle de garant de la sécurité européenne qu’ils jouaient pendant la guerre froide, mais avec la multiplication des coups d’Etat antifrançais au Sahel et le départ des forces françaises de la plupart de leurs bases d’Afrique, notre pays a, de fait, déjà engagé un recentrage stratégique vers l’Europe. L’intégration européenne s’en trouve donc à la fois plus nécessaire et moins contraignante.

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