
La France et le Canada, qui s’opposent au projet de l’administration américaine de prendre le contrôle du Groenland, ouvrent chacun vendredi 6 février un consulat général à Nuuk, la capitale de ce territoire autonome danois − une reconnaissance pour le gouvernement local.
« J’arrive avec un mandat clair d’écoute de ce que les Groenlandais ont à dire sur l’avenir de leur pays », a expliqué sur France Inter le nouveau consul général de France à Nuuk, Jean-Noël Poirier. Alors que huit Français sont recensés sur place, il explique être « également là pour soutenir les intérêts français et la coopération française, qui est assez ancienne. Et, bien sûr, pour mieux comprendre tout ce qui se passe sur ce territoire, dans tous les domaines ».
Le consul général va aussi accompagner les quelques entreprises de tourisme présentes sur place et les scientifiques français de l’université et du Centre de recherche scientifique.
La récente crise a débouché sur la conclusion entre le président américain et le secrétaire général de l’OTAN d’un « cadre » en vue d’un accord sur l’avenir de l’île arctique, aux contours encore flous, tandis qu’Américains, Groenlandais et Danois se retrouvent au sein d’un groupe de travail. Le contenu de l’accord et la teneur des discussions n’ont pas été rendus publics. Danemark et Groenland, qui partagent les préoccupations de Donald Trump sur la sécurité arctique, refusent tout transfert de souveraineté.
La décision française d’ouvrir un consulat est toutefois antérieure aux récentes tensions. Elle avait été annoncée en juin lors d’une visite du président, Emmanuel Macron, à Nuuk, où il était venu exprimer la « solidarité européenne » pour l’île, critiquant déjà les velléités de Donald Trump de l’annexer. Jean-Noël Poirier, ancien ambassadeur de France au Vietnam, a été nommé consul général. De son côté, le Canada avait annoncé à la fin de 2024 qu’il allait ouvrir un consulat général sur l’immense territoire arctique pour affermir la coopération avec les Groenlandais.
Une forme de reconnaissance pour leur autonomie grandissante
L’ouverture de ces représentations diplomatiques permet de dire « à Donald Trump que son agressivité envers le Groenland et le Danemark n’est pas seulement une question pour le Groenland et le Danemark, c’est aussi une affaire pour les alliés européens, mais également pour le Canada », insiste auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Ulrik Pram Gad, spécialiste de l’Arctique à l’Institut danois des études internationales.
« C’est un petit pas, cela fait partie de la stratégie de rendre le problème européen », insiste Christine Nissen, analyste du think tank Europa, experte en questions de sécurité et de défense. « Ses conséquences ne sont évidemment pas seulement danoises, c’est un problème européen et global. »
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Pour la diplomatie groenlandaise, l’ouverture de consulats – qui dépendent formellement des ambassades de France et du Canada à Copenhague –, c’est aussi « l’occasion de s’entraîner à l’indépendance en ayant des relations directes », note M. Strandsbjerg. C’est une forme de reconnaissance pour leur autonomie grandissante, définie dans la loi-cadre de 2009.
Le Groenland a des représentations diplomatiques auprès de l’Union européenne depuis 1992, à Washington depuis 2014, et à Reykjavik depuis 2017. A Nuuk, l’Islande a ouvert son consulat général en 2013 et les Etats-Unis en 2020. Entre 1940 et 1953, les Américains avaient eu un premier consulat dans la paisible capitale groenlandaise. La Commission européenne a, elle, ouvert un bureau en 2024.

