- Mojtaba Khamenei, le fils du guide suprême, mort samedi 28 février dans des frappes israélo-américaines, est pressenti pour succéder à son père.
- Candidat écarté de son vivant par Ali Khamenei, ce religieux de 56 ans est étroitement lié aux Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du pouvoir.
- Dans l’ombre, il s’est imposé comme l’une des figures les plus influentes du régime répressif iranien.
Suivez la couverture complète
L’Iran attaqué par les États-Unis et Israël, le Moyen-Orient s’embrase
En Iran, un Khamenei peut en cacher un autre. Avec la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême iranien tué, samedi 28 février, « aux premières heures du matin »
, dans des frappes conjointes menées par Israël et les États-Unis contre sa résidence de Téhéran, se pose la question – débattue depuis longtemps mais jamais tranchée publiquement par le régime iranien – de son successeur.
« Nous faisons de notre mieux »
pour le désigner rapidement, a assuré mercredi 4 mars Ahmad Khatami, un membre de l’Assemblée des experts, l’institution composée de 88 hauts dignitaires religieux en charge d’élire un nouveau dirigeant. « Si Dieu le veut, il sera nommé dès que possible. Nous sommes proches d’une décision mais la situation est celle d’une guerre »
, a-t-il ajouté à la télévision d’État, laissant entendre que le processus classique de nomination du prochain guide suprême pourrait prendre plus de temps.
Dans le contexte actuel, où l’appareil du régime a été désorganisé en profondeur par l’assassinat de plusieurs hauts responsables politiques et sécuritaires, un nom se détache pour prendre la suite d’Ali Khamenei. Il s’agit ni plus ni moins que de Mojtaba Khamenei (nouvelle fenêtre), le deuxième fils du défunt ayatollah. Un temps suspecté d’avoir lui aussi péri dans les bombardements, il est pourtant bel et bien vivant. Selon Iran International (nouvelle fenêtre), une chaîne persanophone considérée comme une entité terroriste par Téhéran, et des sources iraniennes au New York Times
(nouvelle fenêtre), il est même pressenti pour être désigné par l’assemblée religieuse.
Une influence immense en coulisses
Barbe touffue et lunettes sur le nez, Mojtaba partage de troublants traits physiques avec son père. Comme lui, il aborde le turban noir, se réclamant sayyid ou seyyed, c’est-à-dire de la descendance directe du prophète Mahomet. Né le 8 septembre 1969 à Machhad, la ville sainte d’où Ali était lui aussi originaire, ce religieux de 56 ans est jusqu’ici resté dans l’ombre du guide suprême. Il n’a d’ailleurs jamais exercé de fonction officielle au sein du pouvoir iranien.
Pour autant, cela ne l’a pas empêché d’exercer son influence en coulisses. Un télégramme diplomatique américain, daté de 2008 et publié par WikiLeaks (nouvelle fenêtre), faisait état de sa grande proximité avec son père, qui « le traitait comme un successeur potentiel, et non comme un simple conseiller. »
Décrit comme étant « un gestionnaire intelligent, un dirigeant compétent et charismatique »
, il bénéficiait d’« un rôle de supervision central et de premier plan pour toutes les questions politiques et de sécurité traitées par le bureau du guide suprême. »
Comment les caméras de surveillance de Téhéran ont permis de traquer Ali KhameneiSource : JT 13h Semaine
01:48
Comment les caméras de surveillance de Téhéran ont permis de traquer Ali Khamenei
Toujours d’après cette note, à l’époque, Mojtaba Khamenei « ne nourrissait pas l’ambition de devenir guide suprême »
, conscient de ses limites. Détenteur du rang clérical d’hodjatoleslam, inférieur à celui d’ayatollah, il ne possède officiellement pas les qualifications nécessaires pour prétendre à la plus haute fonction politique et religieuse. Par ailleurs, de son vivant, Ali Khamenei avait lui-même dit son opposition à une succession dynastique dans un pays qui a renversé le régime monarchique des Pahlavi en 1979.
Proche des Gardiens de la révolution
Malgré ces freins, il a réussi à s’imposer ces dernières heures comme le grand favori à sa succession. Un fauteuil qu’il doit aux liens étroits qu’il a tissés avec les Gardiens de la révolution (CGRI), l’armée idéologique de la République islamique d’Iran, et le Bassidj, la milice contrôlée par les Pasdaran dont le but est de maintenir l’ordre public et réprimer, avec violence, les mouvements de contestation.
Perçu par la population comme l’un des visages les plus radicaux et impitoyables du régime, Mojtaba Khamenei, qui a étudié sous la houlette de religieux conservateurs dans les séminaires de Qom, est d’ailleurs présenté comme « une figure clé dans l’orchestration de la répression »
. Notamment lors du soulèvement postélectoral de 2009 ou des mois de troubles qui ont suivi le décès de Mahsa Amini, une étudiante d’origine kurde morte en détention en 2022, après avoir été arrêtée par la police des mœurs pour un voile mal ajusté.

En parallèle de cette influence, celui qui a été proche de l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad, qu’il a soutenu lors des élections présidentielles controversées de 2005 et 2009, lui valant d’être accusé de conspiration pour truquer les scrutins, a bâti un véritable empire financier avec un patrimoine. Le média américain Bloomberg (nouvelle fenêtre) a dévoilé les dessous de sa fortune, « s’étendant du transport maritime dans le golfe Persique aux comptes bancaires suisses, en passant par l’immobilier de luxe britannique »
.
Sous sanctions depuis 2019
À travers des sociétés écrans et des acquisitions immobilières au nom de parties tierces à Londres ou Dubaï, Mojtaba a réussi à mettre sur pied un vaste réseau d’investissements occultes et lucratifs. Contournant ainsi les sanctions américaines auxquelles il est soumis depuis 2019 « pour avoir agi ou prétendu agir pour le compte, directement ou indirectement »
d’Ali Khamenei, selon le site du Trésor américain (nouvelle fenêtre). Il aurait notamment « collaboré étroitement avec le commandant de la Force Qods (…) afin de promouvoir les ambitions régionales déstabilisatrices et les objectifs répressifs de son père sur le plan intérieur. »
En attendant une probable officialisation, les États-Unis et Israël surveillent la situation comme le lait sur le feu. Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a prévenu mercredi que tout successeur serait « une cible »
destinée à être assassinée. « Le Premier ministre et moi-même avons ordonné à l’armée de se préparer à agir par tous les moyens pour accomplir cette mission »
, a-t-il assuré dans un communiqué de son bureau.
Avant même d’être annoncé, le prochain guide suprême voit déjà sa tête mise à prix.

